
En juillet 2024, OpenAI présentait SearchGPT comme un prototype en liste d’attente, censé réinventer la recherche en ligne. Deux ans plus tard, le prototype a un autre nom, ChatGPT Search, et une question bien plus intéressante : la promesse a-t-elle tenu ?
Le pari était clair. Là où Google empile des liens, OpenAI voulait une interface conversationnelle qui interroge le web en temps réel, synthétise les résultats et cite ses sources. En 2026, on peut enfin juger sur pièces plutôt que sur slides. Et le verdict est plus nuancé que le triomphe annoncé.
De prototype confidentiel à fonction par défaut
La trajectoire a été rapide. ChatGPT Search a été lancé le 31 octobre 2024 pour les abonnés payants et les inscrits de la liste d’attente. Le 16 décembre 2024, OpenAI l’ouvrait à tous les comptes connectés, gratuits compris. Puis, le 5 février 2025, le dernier verrou sautait : la recherche est devenue accessible sur le web sans même créer de compte.
Ce n’est pas un détail de calendrier, c’est un changement de nature. SearchGPT n’est plus une expérience réservée à quelques curieux : c’est une porte d’entrée grand public. ChatGPT revendiquait environ 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires fin 2025, puis 900 millions en février 2026. L’application a franchi le milliard d’utilisateurs mensuels au printemps 2026. À cette échelle, chaque requête qui ne passe plus par une barre de recherche classique compte.
Le rival que Google n’a pas vu venir, vraiment ?
Sur le papier, le combat est gagné. Dans les faits, il est loin de l’être. Si l’on regarde la recherche au sens strict, Google conserve environ 81 % des requêtes mondiales, contre 9 % pour ChatGPT. La domination reste massive.
Le tableau change quand on élargit la focale à l’ensemble des requêtes adressées à une IA ou à un moteur. Là, ChatGPT grimpe autour de 17 à 18 %, signe que les usages se déplacent vers le conversationnel. Les internautes gardent Google pour les recherches utilitaires (un horaire, une adresse, un site précis) et se tournent vers ChatGPT pour la recherche exploratoire, la synthèse, le travail de fond.
Surtout, Google n’est pas resté les bras croisés. Ses AI Overviews apparaissent désormais dans environ 18 % des recherches, et son AI Mode a dépassé le milliard d’utilisateurs mensuels en 2026. Le concurrent le plus dangereux pour OpenAI n’est peut-être même pas Google « historique », mais Gemini, intégré partout dans la recherche et la suite Workspace, dont la part dans l’usage des assistants IA a plus que doublé en un an.
Citer les éditeurs : la promesse rattrapée par la pub
Le cœur du discours d’OpenAI, c’était la transparence : chaque réponse attribuée, des liens directs vers les sources, un écosystème respectueux des éditeurs. La firme a multiplié les accords de contenu, d’Associated Press à News Corp en passant par de grands groupes de presse, pour nourrir ChatGPT en information de qualité et la créditer.
Cependant, un événement a brouillé le tableau. Début 2026, OpenAI a commencé à intégrer de la publicité dans ChatGPT : des encarts sponsorisés, clairement identifiés, placés sous la réponse, sur les comptes gratuits et sur l’offre d’entrée de gamme. Un Ads Manager avec enchères au clic et à l’impression a suivi dans la foulée.
Le résultat ? La logique « gagnant-gagnant » avec les éditeurs devient plus floue. Les sources continuent d’être citées, mais la monétisation se joue d’abord du côté d’OpenAI, et les éditeurs sous accord ne touchent pas forcément de part sur ces revenus publicitaires. Ce n’est plus seulement un moteur de réponse vertueux, c’est aussi une régie publicitaire qui se construit sur l’audience captée à Google.
Et les autres ? Perplexity n’a pas dit son dernier mot
OpenAI n’avance pas seul sur ce terrain. Perplexity, le « moteur de réponse » concurrent, a continué sa course : valorisation autour de 20 milliards de dollars mi-2026, navigateur Comet rendu gratuit dans le monde entier, et surtout un programme de partage de revenus avec les éditeurs, là où OpenAI semble prendre le chemin inverse.
La bataille ne se limite donc plus à « IA contre liens bleus ». Elle se joue sur trois fronts à la fois : la qualité des réponses, le modèle économique vis-à-vis des éditeurs, et le terrain même de l’usage, navigateur et assistant intégré plutôt que simple page de recherche.
Alors, futur de la recherche, ou simple déplacement du pouvoir ?
Deux ans après, le constat est clair : ChatGPT Search n’a pas « tué » Google, mais il a déplacé la ligne de front. La recherche n’est plus un endroit où l’on va, c’est une couche qui s’invite partout, dans un assistant, dans un navigateur, dans une suite bureautique.
Les vraies questions de 2024 restent ouvertes, mais elles ont changé de nature. Le sujet n’est plus de savoir si l’IA citera ses sources, elle le fait, mais qui sera payé quand la publicité s’installe entre la question et la réponse. Et si les internautes finissent par ne plus jamais cliquer vers un site, à qui appartient encore le web que ces IA prétendent résumer ?
