
64,7 %. C’est la part de professionnels du numérique qui utilisent encore ChatGPT pour générer du texte en 2026. Le chiffre garde l’outil d’OpenAI en tête, mais il dit surtout l’inverse de ce qu’on lui fait dire d’habitude. Un an plus tôt, ce même indicateur affichait 82 %. Dix-sept points envolés en douze mois.
Ce recul ne sort pas d’un sondage isolé. Il vient d’une enquête menée du 24 avril au 29 mai 2026 auprès de 807 personnes issues de la communication, du marketing, du développement, du design et de l’acquisition, en partenariat avec le cabinet de conseil et de formation SocIAty. Troisième édition d’affilée, donc une série temporelle exploitable. C’est ce qui rend le chiffre intéressant : pris seul, 64,7 % ressemble à une domination. Comparé à 82 %, c’est une érosion.
Que mesure vraiment ce 64,7 % ?
La question à se poser n’est pas « qui est leader » mais « combien de terrain le leader cède, et à qui ». La réponse tient en deux trajectoires. Claude, l’assistant d’Anthropic, passe de 17 % à 48,8 % en un an et s’empare de la deuxième place. Gemini suit la même pente, de 26 % à 43,1 %, et talonne désormais Claude.
Faites l’addition autrement. Il y a un an, l’écart entre le premier et le deuxième dépassait 60 points. Aujourd’hui, trois assistants se tiennent dans une fourchette de 22 points. Le marché ne s’est pas déplacé d’un favori vers un autre, il s’est aplati. C’est la nuance que masque un classement présenté en colonnes : on retient l’ordre d’arrivée, pas le resserrement du peloton.
Autre donnée parlante : les non-utilisateurs de génération de texte ne sont plus que 4,6 %, contre 14,5 % deux ans plus tôt. La génération de texte atteint donc 95,4 % d’adoption. Quand un usage devient quasi universel, la question n’est plus « est-ce que j’utilise une IA », mais « laquelle, pour quelle tâche ».
L’image et le code racontent la même histoire
Le glissement vers le spécialisé se lit catégorie par catégorie. Côté image, un outil inexistant un an plus tôt, Nano Banana, le générateur de Google intégré à Gemini, est déjà cité par 30 % des répondants et s’installe directement deuxième. Pendant ce temps, ChatGPT recule de 51 % à 38,5 % sur l’image, soit treize points de moins. Le même schéma que sur le texte : le généraliste perd du terrain dès qu’un concurrent mieux ciblé apparaît.
Le code est le cas le plus net. 44,7 % des pros du numérique utilisent désormais au moins un outil pour générer du code, un usage qui déborde largement la population des développeurs. Et là, un nom domine : Claude Code, cité par 29,6 % des répondants, soit près du double de Codex, l’outil de génération d’OpenAI, à 15,2 %. Derrière, GitHub Copilot (6,3 %), Gemini Code Assist (5,9 %), Lovable (5 %) et Cursor (3,6 %) se partagent les miettes.
Ce qui est frappant, c’est que l’éditeur en tête sur le texte n’est pas celui qui domine le code. Le leader généraliste et le leader vertical ne coïncident plus.
La donnée qui manque : combien d’outils par personne ?
L’enquête additionne des taux d’usage par catégorie, mais elle ne publie pas le chiffre qui trancherait tout : le nombre moyen d’outils par professionnel. Or ce chiffre est déductible. Si 64,7 % utilisent ChatGPT et 48,8 % Claude, ces deux populations se recouvrent forcément en grande partie. Beaucoup de pros cochent les deux. C’est la signature statistique d’une stack, pas d’un choix exclusif.
Voilà ce que les pourcentages bruts ne disent pas frontalement. On n’arbitre plus entre ChatGPT et Claude comme entre deux abonnements concurrents. On garde ChatGPT pour la conversation et le brainstorming, Claude pour le développement, Gemini et Nano Banana pour ce qui touche à l’écosystème Google et à l’image. L’assistant unique cède la place à un assemblage.
Ce que ce basculement impose concrètement
Ce basculement change la façon de s’équiper. Miser sur un seul fournisseur devient un pari risqué quand le leader peut perdre dix-sept points en un an. À l’inverse, multiplier les abonnements a un coût, en argent comme en charge mentale : chaque outil a sa logique de prompt, ses forces, ses angles morts.
La compétence qui se dessine, c’est le routage : savoir quelle tâche envoyer vers quel modèle. C’est exactement ce que mesure, en creux, la fragmentation du marché. Un généraliste suffisait quand l’IA servait à dégrossir. Dès qu’elle entre en production, dans le code, l’image, la vidéo, elle se heurte à ses limites et appelle l’outil taillé pour le geste précis.
Reste un chiffre à surveiller l’an prochain. Si ChatGPT continue de perdre une quinzaine de points par an, la première place se jouera bientôt à quelques points. Et le jour où le classement texte basculera, ce ne sera pas une surprise : il aura été annoncé, ligne après ligne, par le resserrement de tous les autres.
