ChatGPT sous 50 % : la fin du réflexe « IA = ChatGPT »

ChatGPT sous 50 % : la fin du réflexe « IA = ChatGPT »

Pendant trois ans, ouvrir une IA a voulu dire ouvrir ChatGPT. L’application s’est confondue avec la catégorie tout entière, au point qu’on disait « ChatGPT » comme on dit « un Frigidaire ». En mai 2026, ce raccourci a perdu sa base chiffrée : la part de ChatGPT dans le marché des assistants IA est repassée sous les 50 %. Les titres y ont lu le déclin d’OpenAI. Mais l’affaire se joue moins sur le sort d’un produit que sur cet automatisme en train de se défaire.

46 %, et un marché qui se referme

Selon le rapport State of AI de Sensor Tower, ChatGPT pesait encore 46 % du marché des assistants IA en mai 2026, devant Google Gemini (28 %) et Claude (10 %). Le reste se partage entre Grok, DeepSeek, Perplexity, Meta AI et Copilot. Le passage sous la barre des 50 % remonte à mars, une première depuis le lancement il y a trois ans.

OpenAI reste pourtant largement en tête en volume de téléchargements, et le marché lui-même se referme : au premier trimestre, seules 15 % des nouvelles applications se sont hissées dans le top 50 mondial des assistants, contre plus des deux tiers deux ans plus tôt. La place n’est plus à prendre pour un nouvel entrant ; elle se répartit entre trois ou quatre acteurs déjà installés.

Android, la programmation et un contrat militaire

Deux dynamiques de fond, et un accident. Gemini avance en s’appuyant sur la masse d’appareils Android et son imbrication dans les services de Google : l’assistant est là, préinstallé, à portée de pouce. Claude a connu une progression plus brutale, surtout aux États-Unis, portée par ses performances en programmation et en recherche approfondie. Sa part de marché américaine est passée de 5 % en décembre 2025 à près de 14 % en mai.

L’accident, c’est un contrat. Fin février, OpenAI a signé avec le Pentagone un accord de déploiement de systèmes d’IA avancés en environnements classifiés. La réaction des utilisateurs a été immédiate : les désinstallations de ChatGPT ont bondi d’environ 200 % au-dessus de leur moyenne la semaine du 9 au 15 mars, d’après Sensor Tower. Une partie de ces déçus a migré vers Claude, dont l’éditeur Anthropic avait refusé un accord comparable. Sur les premiers jours de mars, Claude a même enregistré plus de téléchargements quotidiens que ChatGPT.

Plus de messages, plus de pays, plus de femmes

Le 29 juin, OpenAI a publié ses propres données d’usage, baptisées OpenAI Signals. Elles racontent tout l’inverse d’un reflux. Six mois après leur inscription, les utilisateurs envoient 50 % de messages en plus par jour qu’à leurs débuts, et ont doublé le nombre de tâches distinctes tentées sur l’outil. L’usage ne s’effrite pas : il s’approfondit.

Il s’étend aussi géographiquement. La croissance la plus rapide vient d’Afrique et d’Asie, et des pays à indice de développement humain plus faible, là où les offres gratuites et à bas coût ouvrent l’accès. La base d’utilisateurs se féminise également : les messages émis par des prénoms typiquement féminins sont devenus majoritaires à l’échelle mondiale. Un produit en perte de vitesse n’affiche pas ce profil.

Le gâteau grossit plus vite que les parts

Part de marché en baisse et adoption en hausse ne s’opposent que si l’on suppose un gâteau de taille fixe. Il ne l’est pas. Le nombre d’utilisateurs d’assistants IA augmente assez vite pour que ChatGPT gagne des usagers tout en pesant moins lourd en proportion. Ses rivaux ne lui prennent pas seulement des clients : ils convertissent des gens qui n’utilisaient aucune IA jusque-là. Le taux d’attrition de ChatGPT (la part d’utilisateurs qui décrochent) progresse malgré tout, de 12,7 % en janvier à 14,5 % en avril, une hausse que Sensor Tower relie à l’arrivée de publicités dans l’application autant qu’aux retombées du contrat militaire.

Spécialiser ses usages plutôt qu’élire un assistant

L’enseignement dépasse le sort de ChatGPT. Ce qui se fissure, c’est l’idée d’un assistant central, bon à tout, vers lequel tout converge. Miser toute une organisation, un processus ou une compétence sur un seul outil devient plus risqué qu’il y a un an. Claude s’impose sur la programmation, Gemini sur l’intégration bureautique et mobile, ChatGPT sur la polyvalence et le volume : chaque assistant creuse un avantage propre, et l’écart de spécialisation se voit désormais à l’usage.

L’arbitrage se déplace donc : il ne s’agit plus d’élire un assistant unique, mais de répartir ses usages entre plusieurs modèles selon la tâche, et de garder la main sur la portabilité de ses prompts et de ses données. Le réflexe d’ouvrir ChatGPT par défaut a rendu service pendant trois ans. Il commence à coûter cher à qui ne se demande jamais si un autre modèle ferait mieux.

Sources

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *