
L’essentiel
- L’adoption de l’IA générative grimpe à 95,4 % des professionnels du numérique en 2026, contre 85,5 % en 2024.
- Dans le même temps, la perception d’un impact positif tombe à 55,9 %, après deux ans de stabilité autour de 65 %.
- Claude passe de 18,3 % à 51,2 % d’utilisateurs en un an, pendant que ChatGPT perd 21 points et son monopole.
95,4 %. C’est la part des professionnels du numérique qui déclarent utiliser au moins un outil d’IA générative en 2026, contre 85,5 % deux ans plus tôt. À ce niveau, l’adoption n’est plus une tendance, c’est un acquis. Mais un chiffre aussi haut a un défaut : il aplatit tout le reste. Et derrière cette quasi-unanimité, une enquête menée auprès de 807 professionnels du numérique, en partenariat avec le cabinet de conseil et de formation SocIAty, fait apparaître un mouvement inverse.
Que vaut vraiment ce 95,4 % ?
Une progression de 9,9 points en deux ans, sur une base déjà élevée, signifie que les derniers réfractaires ont basculé. La question utile n’est donc plus de savoir qui utilise l’IA, mais à quelle intensité. Et là, le chiffre d’adoption ne mesure presque rien : cocher « au moins un outil » place sur la même ligne celui qui dicte un mail une fois par semaine et le développeur qui pilote son éditeur à coups de prompts.
Un autre indicateur affine la lecture : pour 35,8 % des répondants, l’IA est désormais intégrée aux processus de l’entreprise ou carrément rendue obligatoire. Voilà le vrai seuil. Un professionnel sur trois ne choisit plus d’ouvrir un assistant, il travaille dans un cadre où l’IA est posée par défaut. L’adoption massive n’est qu’une porte d’entrée. Ce qui compte, c’est ce qui se passe une fois la porte franchie.
Le chiffre qui s’effondre derrière l’adoption
Pendant que l’usage montait, un autre indicateur faisait le chemin inverse. La part de professionnels jugeant l’impact de l’IA positif sur leur métier est restée stable deux années de suite, à 65,2 % en 2024 puis 65 % en 2025, avant de tomber à 55,9 % en 2026. Près de dix points perdus en douze mois, sur un baromètre qui ne bougeait pas.
En miroir, les avis négatifs grimpent de 15,6 % à 24,9 %. Mis côte à côte, ces deux courbes racontent une mécanique simple : plus on utilise l’IA, moins on la trouve enthousiasmante. L’écart positif/négatif, qui frôlait les 50 points, se resserre à 31. La nouveauté ne joue plus en faveur de l’outil ; c’est l’usage réel, avec ses frictions, qui fixe désormais la note.
Claude grimpe, ChatGPT perd son monopole
Le paysage des outils raconte la même histoire de banc d’essai. ChatGPT régnait : 85,9 % des utilisateurs d’IA en 2024, et même 88,6 % en 2025. En 2026, il retombe à 67,8 %, soit 21 points évaporés en un an. Il reste largement en tête, mais le quasi-monopole a vécu.
Le contre-pied est porté par Claude. Absent de l’enquête en 2024, cité par 18,3 % des utilisateurs en 2025, l’assistant d’Anthropic atteint 51,2 % en 2026, soit une multiplication par près de trois et la plus forte progression de tout le panel. Le signal est encore plus net chez les développeurs : Claude Code, qui n’existait pas il y a deux ans, équipe 67 % d’entre eux, plus du double des 26,4 % de GitHub Copilot. Quand une part de marché de cette taille se redistribue en douze mois, c’est rarement une question de marketing : ce sont des praticiens qui comparent deux outils sur leurs propres tâches et tranchent.
Détail qui complète le tableau : les fidèles de ChatGPT se renforcent là où le grand public s’en détourne. La part d’abonnés payants y est passée de 35,4 % en 2024 à 45 % en 2026. Le produit perd en largeur ce qu’il gagne en profondeur.
La peur qui monte le plus vite : perdre son esprit critique
Reste le chiffre le plus parlant pour comprendre le décrochage de confiance. La crainte qui progresse le plus en un an n’est ni l’emploi, ni les droits d’auteur, mais la perte d’autonomie et d’esprit critique : citée par 47,8 % des répondants, en hausse de 8 points, elle prend la tête des inquiétudes. Près d’un professionnel sur deux redoute de moins réfléchir à mesure qu’il délègue.
Et ce sont les plus avancés qui s’en méfient le plus : chez les développeurs comme chez les rédacteurs, six sur dix la citent. La confidentialité des données suit à 42,2 %. Au total, 89,5 % des répondants identifient au moins un risque, contre 83,4 % en 2024. Ces craintes ne traduisent pas un rejet : on n’a pas peur de perdre son esprit critique sur un outil qu’on n’utilise pas. Elles signalent une vigilance qui s’installe en même temps que l’usage.
Le contraste est d’autant plus criant que la montée en compétence reste un chantier privé : 55,6 % des professionnels se forment seuls, contre 32,6 % accompagnés par leur employeur. On a généralisé l’outil sans organiser le garde-fou qui va avec.
Ce que cette enquête met au jour, c’est la fin d’un cycle. Les professionnels du numérique n’arbitrent plus sur la promesse, ils arbitrent sur l’expérience : un outil qui tient ses comparaisons, des données qui restent maîtrisées, un usage qui n’érode pas leur jugement. Les fournisseurs qui l’ont compris gagnent des points ; les autres en perdent, monopole ou pas.
Mon avis
Le décrochage de la perception positive ne m’inquiète pas, il me rassure. Un outil qu’on utilise à 95 % et qu’on ne juge positif qu’à 56 %, c’est un outil qu’on a cessé d’idolâtrer pour commencer à l’évaluer. La peur de perdre son esprit critique, citée par un pro sur deux, est même la meilleure nouvelle de l’enquête : elle prouve qu’il en reste. Mon pari pour 2027 : l’écart se creusera au profit des équipes qui encadrent cet usage, là où 56 % des pros sont encore livrés à l’auto-formation.
