
Mardi, à Hangzhou, Eddie Wu est monté sur la scène de la conférence Apsara avec une puce à la main et un calendrier en tête. Le lendemain, Xi Jinping était attendu aux États-Unis pour une visite d’État et un tête-à-tête avec Donald Trump où l’IA, le commerce et les droits de douane figurent au menu.
Le patron d’Alibaba a choisi son moment. Chaque annonce de la journée se lit à double détente : un catalogue pour les développeurs, un argument pour la table des négociations.

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Analyser mon site gratuitement →Une puce présentée comme la plus puissante de Chine
La pièce maîtresse s’appelle Zhenwu V900. Eddie Wu la présente comme « la puce d’IA la plus puissante de Chine aujourd’hui », avec des performances multipliées par trois par rapport à la génération précédente, la Zhenwu M890. Sa production en série est prévue au premier trimestre 2027. Ces puces servent à l’entraînement des modèles de pointe comme à l’inférence (les calculs qu’effectue un modèle déjà entraîné pour répondre aux utilisateurs).
Les Zhenwu ne sont pas vendues comme des cartes graphiques en boîte. Elles équipent les data centers d’Alibaba et fournissent la puissance de calcul du groupe et de ses clients cloud. Un client qui loue du calcul chez Alibaba Cloud peut donc déjà voir ses charges tourner sur du silicium maison, sans forcément le savoir.
Aucun chiffre indépendant ne permet pour l’instant de situer la V900 face aux GPU (processeurs graphiques) de Nvidia. Le triplement annoncé par rapport à la M890 est une comparaison interne : il mesure le chemin parcouru par Alibaba, pas l’écart restant avec le leader américain. Le groupe met aussi en avant 216 Go de mémoire par puce, soit davantage que les 141 Go de la H200 de Nvidia, mais la mémoire embarquée ne dit rien de la puissance de calcul.
Qwen 4 présenté, Qwen 5 promis à 10 000 milliards de paramètres
Côté modèles, Alibaba a présenté la gamme Qwen 4 : Qwen 4 Max, Qwen 4 Plus, Qwen 4 Flash et Qwen 4 27B. Cette dernière déclinaison, la plus compacte, est celle qui intéresse le plus les praticiens : un modèle de 27 milliards de paramètres se déploie sur une infrastructure raisonnable, en local ou chez un hébergeur, là où les versions Max restent l’affaire du cloud.
La suite est annoncée dans la foulée. Alibaba prévoit d’entraîner un modèle de 5 000 à 10 000 milliards de paramètres (le nombre de poids ajustés pendant l’entraînement, indicateur grossier de la capacité d’apprentissage), en vue de Qwen 4.5 et Qwen 5. Pour mesurer le saut, son modèle le plus puissant à ce jour, Qwen3.8-Max, compte 2 400 milliards de paramètres. Le chinois Moonshot revendique de son côté, avec Kimi K3 sorti en juillet, le plus grand modèle ouvert au monde à 2 800 milliards.
La course au gigantisme se joue donc aussi entre acteurs chinois. Alibaba ne répond pas seulement aux laboratoires américains : il entend reprendre la main face à un concurrent domestique qui lui a ravi le titre du plus gros modèle ouvert.
20 gigawatts en 2032, un chiffre taillé pour la comparaison
Troisième annonce, la plus lourde en capital : Alibaba vise plus de 20 gigawatts de capacité de calcul d’ici 2032, en invoquant une demande en calcul d’IA qui croît « de façon exponentielle ». Pour donner l’échelle, SpaceX disposait d’environ 1,4 gigawatt de calcul IA à la mi-2026 et vise plus de 10 gigawatts en 2027.
L’horizon est lointain, six ans, et rien ne garantit que l’objectif sera tenu. Il remplit pourtant sa fonction : placer Alibaba dans la même catégorie que les géants américains du cloud, au moment où Washington et Pékin mesurent leurs forces respectives.
Dario Amodei en face, Pékin avec des cartes en main
Le calendrier américain éclaire le coup d’Alibaba. Au même moment, plusieurs figures de l’IA outre-Atlantique, dont Dario Amodei, le PDG d’Anthropic, alertent sur la menace que ferait peser le développement chinois de l’IA, certaines allant jusqu’à plaider pour un ralentissement global de la technologie. Une puce record et une feuille de route à 10 000 milliards de paramètres, présentées la veille du sommet, nourrissent cette inquiétude et donnent du poids à la délégation chinoise.
Plusieurs analystes estiment que les progrès récents de la Chine lui offrent un levier dans ces discussions. Pékin accélère sa quête d’autonomie alors que les restrictions à l’export pilotées par les États-Unis lui coupent l’accès aux puces d’IA les plus avancées et aux machines pour les fabriquer. Huawei a d’ailleurs dévoilé la semaine dernière ses propres avancées en matière de puces, avec Nvidia en ligne de mire.
Vu de la Maison-Blanche, le constat est inconfortable : des années de sanctions ont poussé l’industrie chinoise à fabriquer elle-même ce qu’elle ne pouvait plus acheter.
Qwen 4 tourne-t-il sur des Zhenwu ou sur des Nvidia ?
La conférence a laissé ce point dans l’ombre. Les annonces publiques ne précisent pas sur quel matériel Qwen 4 a été entraîné, ni sur quoi sera entraîné le futur modèle à plusieurs milliers de milliards de paramètres. Or les analystes le rappellent : l’entraînement des modèles de pointe en Chine repose encore souvent sur des puces Nvidia, même si les puces conçues localement gagnent du terrain depuis que Nvidia ne peut plus y vendre ses modèles les plus puissants.
Servir un modèle en inférence sur du silicium maison est une chose ; entraîner un modèle de 10 000 milliards de paramètres en est une autre, qui exige des dizaines de milliers de puces synchronisées pendant des mois. Tant qu’Alibaba ne dit pas que Qwen 4.5 sera entraîné sur des Zhenwu, la souveraineté affichée reste partielle.
La question se pose très concrètement à qui intègre des modèles ouverts. Les modèles chinois ouverts, souvent moins chers que les modèles fermés des grands laboratoires américains, progressent partout dans le monde, y compris aux États-Unis, et Qwen 4 27B va rejoindre les bancs d’essai de nombreuses équipes. Une gamme dont l’entraînement dépend de puces sous embargo peut voir sa feuille de route ralentir au gré d’un durcissement des contrôles à l’export. Une gamme entraînée sur silicium chinois échappe à ces décisions, mais s’expose davantage à d’éventuelles restrictions d’usage côté occidental.
Dans les deux cas, choisir un modèle Qwen en production revient aussi à parier sur la géopolitique des puces. Le sommet Trump-Xi dira si la Zhenwu V900 a servi d’argument de négociation. La prochaine fiche technique d’Alibaba, elle, dira si elle a servi à entraîner quelque chose.
Sources
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