Microsoft facture Copilot selon ce que son agent décide seul

Microsoft facture Copilot selon ce que son agent décide seul

Un canal Teams consacré aux achats, un vendredi soir, personne en ligne. L’agent Autopilot de Microsoft, lui, reste éveillé : il suit les échanges, relance l’évaluation d’un fournisseur, prépare la synthèse du lundi. Chacune de ces initiatives aura désormais un prix.

Microsoft a présenté le 25 septembre une refonte de Copilot en trois espaces, Home, Code et Autopilot, et l’accompagne d’un changement de modèle économique. Autopilot, Code et Cowork (le module qui prend en charge un travail délégué jusqu’au livrable) passent à la facturation à l’usage. La licence Copilot standard ne couvre plus que le chat et l’intégration aux applications Office. L’éditeur l’avait annoncé : il cesse de subventionner la consommation d’IA par des forfaits. Le prix par siège, qui permettait de budgéter l’IA comme un abonnement logiciel, ne vaut plus que pour les usages les plus simples. Microsoft n’est pas le premier à franchir le pas : depuis le 6 juillet, OpenAI facture en crédits, selon les tokens consommés, les agents d’espace de travail de ChatGPT Business et Enterprise.

Un employé virtuel avec son propre ordinateur

Autopilot est l’ancien Scout, dévoilé en juin à la conférence Build. Il repose sur OpenClaw, un agent autonome open source, et Microsoft lui donne les attributs d’un salarié : chaque instance dispose de son ordinateur dans le cloud, de son espace de travail, de son stockage et de sa propre identité. On le sollicite par une mention @ dans Teams, Outlook ou un document, puis il continue de travailler une fois l’utilisateur déconnecté.

Jared Spataro, directeur marketing de la division AI at Work, précise que l’agent s’appuie sur Microsoft IQ (la couche qui modélise le fonctionnement réel de l’organisation : qui fait quoi, avec quels documents, par quels circuits) et qu’il embarque permissions, audit et gouvernance. Surveiller un canal, coordonner une évaluation de fournisseurs, traiter une tâche récurrente sans intervention humaine : les exemples choisis par Microsoft décrivent un agent qui prend l’initiative.

Tout le modèle économique bascule sur ce point. Avec un chat, la dépense suit les questions posées par des humains, donc leur nombre et leurs heures de travail. Avec un agent permanent, elle suit ce que l’agent juge utile de faire. La consommation devient une variable pilotée par le logiciel lui-même.

Qui choisit le modèle choisit la facture

Pour les intégrations Office, un routeur automatique sélectionne le modèle à chaque requête selon trois critères : précision, vitesse et coût. Les administrateurs peuvent restreindre les familles de modèles accessibles à tel ou tel groupe d’utilisateurs, et les fonctions facturées à l’usage pourront faire appel à des modèles de pointe comme Astra d’OpenAI ou Fable d’Anthropic.

L’arbitrage se devine. Un routeur réglé sur le coût favorisera logiquement les modèles maison de Microsoft, pensés pour l’efficacité mais en retrait sur les tâches difficiles. Réglé sur la qualité, il enverra plus souvent les requêtes vers les modèles de pointe, plus chers. Entre les deux, la DSI (direction des systèmes d’information) hérite d’un réglage qui n’existait pas : le niveau d’intelligence qu’elle accepte de payer pour chaque équipe.

Microsoft livre en même temps des outils de FinOps pour l’IA (la discipline qui suit et optimise les dépenses cloud, appliquée ici à la consommation des modèles). Leur présence dès le lancement montre que l’éditeur anticipe lui-même des factures difficiles à prévoir.

Un automne de préversions, une année 2027 de relevés

Le déploiement s’étale. Autopilot ouvre fin septembre en préversion privée, la vue « Today » (courriels, agenda, messages Teams et tâches réunis dans un tableau de bord) suit en octobre, Home et Code arrivent dans les prochaines semaines via le programme Frontier, et Code doit s’ouvrir en préversion avant la fin de l’année aux abonnés Microsoft 365 Premium et Pro.

Ce calendrier permet de dater la suite. Les préversions de l’automne vont produire les premiers relevés de consommation réels, sur des périmètres réduits et choisis avec soin. Le choc budgétaire viendra plus tard, au premier semestre 2027, quand des agents auront tourné plusieurs mois sur des canaux entiers et que les directions financières confronteront ces relevés aux anciennes lignes « licences ». Les renouvellements de contrats Microsoft 365 risquent alors de se négocier moins sur un nombre de sièges que sur des plafonds de consommation et des règles de routage. Ce basculement pourrait être acquis d’ici fin 2027.

Ce scénario suppose trois conditions. Autopilot doit se montrer assez fiable pour qu’on le laisse agir seul sur des canaux actifs. Les outils FinOps doivent permettre de fixer des plafonds par agent, pas seulement de constater la dépense après coup. Enfin, le coût à l’usage doit rester lisible pour un acheteur qui n’a jamais payé une tâche à l’unité.

Les réglages à trancher avant d’activer l’agent

Une entreprise qui entre dans la préversion a intérêt à poser ses garde-fous avant le premier @Autopilot, pas après la première facture :

  • délimiter les canaux et les boîtes qu’un agent a le droit de surveiller, car un canal bavard multiplie les occasions d’agir ;
  • fixer, groupe par groupe, les familles de modèles autorisées, puisque ce réglage conditionne directement le coût de chaque requête ;
  • exiger un journal lisible de chaque action déclenchée sans demande humaine, pour relier une ligne de facture à une décision de l’agent ;
  • garder une référence de ce que coûte aujourd’hui la même tâche faite à la main.

Sans ce point de comparaison, impossible de dire si l’agent fait gagner de l’argent ou s’il en dépense simplement plus vite.

Cent millions d’abonnés en ligne de mire

Satya Nadella ne voit dans le marché des entreprises qu’une première étape. Il veut ensuite porter Autopilot vers le grand public, en s’appuyant sur plus de 100 millions d’abonnés dans l’écosystème Microsoft. En entreprise, il juge le marché des agents bien plus vaste que celui du cloud ; chez les particuliers, il voit ces agents remplacer les intermédiaires actuels.

Un agent grand public facturé à l’usage poserait à un foyer la même équation qu’à une DSI, sans équipe FinOps pour la surveiller. Microsoft devra d’abord prouver, sur ses clients professionnels, qu’une facture pilotée par un agent reste acceptable.

Tout se jouera sur la grille tarifaire détaillée d’Autopilot, que Microsoft n’a pas encore publiée. Si l’éditeur facture à la requête de modèle, la dépense restera technique et opaque pour les métiers. S’il facture à la tâche accomplie, une évaluation de fournisseur ou une synthèse hebdomadaire, l’agent deviendra comparable à une prestation, et les acheteurs sauront enfin si l’ancien forfait par siège était une subvention ou une protection.

Sources

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