Nvidia envisage de miser 10 milliards sur l’IPO d’Anthropic

Nvidia envisage de miser 10 milliards sur l'IPO d'Anthropic

Anthropic prépare la plus grosse introduction en Bourse (IPO, pour Initial Public Offering) de l’histoire, et le premier nom qui se présente au guichet est celui de son fournisseur de puces. Selon Reuters, Nvidia discute d’un ticket pouvant atteindre 10 milliards de dollars, en tant qu’investisseur d’ancrage (anchor investor : un acteur qui réserve ses actions avant l’ouverture du marché). Suivre cet argent montre qui paie, au bout du compte, les modèles les plus avancés du marché.

Un ticket modeste face à une valorisation de 2 300 milliards

Anthropic, l’éditeur de Claude, viserait une levée allant jusqu’à 100 milliards de dollars pour une valorisation qui pourrait atteindre 2 300 milliards, avec une opération bouclée avant les élections de mi-mandat américaines de novembre. Les 10 milliards de Nvidia représenteraient donc 10 % de l’argent levé, mais moins de 0,5 % de la valeur de l’entreprise. Rapporté au capital, le geste reste marginal.

Son poids est ailleurs. Un investisseur d’ancrage sert de signal : il rassure le marché sur la solidité de l’opération et aide à fixer le prix. Que ce signal vienne du fabricant des GPU (processeurs graphiques, les puces qui entraînent et font tourner les modèles) utilisés par Claude change la lecture du dossier. Nvidia se porte ici caution de la santé financière de l’un de ses plus gros acheteurs.

Trente milliards de calcul déjà réservés chez Microsoft

Le lien commercial précède largement l’IPO. En novembre 2025, Anthropic s’est engagé à acheter pour 30 milliards de dollars de capacité de calcul sur Azure, le cloud de Microsoft, dans des infrastructures équipées de puces Nvidia. Le ticket envisagé aujourd’hui en représente le tiers. Le même accord prévoyait déjà que Nvidia investisse jusqu’à 10 milliards de dollars dans Anthropic.

L’échelle a changé depuis. D’après The Information, Anthropic a signé en onze mois des contrats de compute (la puissance de calcul nécessaire pour entraîner et faire tourner les modèles) pour un montant pouvant atteindre 517 milliards de dollars, soit au moins 14,8 gigawatts supplémentaires.

Même une introduction en Bourse record à 100 milliards ne couvrirait donc qu’à peine un cinquième des factures déjà signées. Une part importante de ces 517 milliards finira, directement ou via les hébergeurs, en commandes de GPU.

Nvidia finance les clients qui lui achètent ses puces

Le cas Anthropic s’inscrit dans une stratégie plus large. Nvidia investit dans ses clients, Anthropic comme OpenAI, et soutient environ 300 milliards de dollars de garanties qui permettent à des data centers d’obtenir leur financement. Avec OpenAI, la lettre d’intention signée en septembre 2025 prévoyait jusqu’à 100 milliards de dollars investis au fil du déploiement de 10 gigawatts de systèmes Nvidia, un engagement que Jensen Huang a depuis présenté comme non contraignant.

Le mécanisme tourne en boucle. Nvidia apporte du capital ou de la garantie, le laboratoire ou l’opérateur de data center lève plus facilement, puis il dépense cet argent en puces Nvidia. Une bonne part des sommes investies revient chez l’investisseur sous forme de chiffre d’affaires.

Pour Nvidia, l’opération se défend : chaque dollar investi soutient la demande et sécurise ses débouchés face aux puces maison des géants du cloud. Vu du marché, l’équation est moins confortable. Une partie de la croissance du fournisseur repose sur la capacité de ses clients à lever, et une partie de la capacité des clients à lever repose sur la caution du fournisseur.

65 milliards de revenus face à 517 milliards d’engagements

Anthropic avance sa trajectoire de revenus : environ 9 milliards de dollars fin 2025, plus de 65 milliards en rythme annualisé en juillet 2026, selon Bloomberg. Une multiplication par sept en sept mois a de quoi convaincre les prêteurs.

Les ordres de grandeur restent pourtant têtus. À 65 milliards par an, il faudrait environ huit années de revenus pour honorer les 517 milliards de contrats de calcul, sans compter les salaires, la distribution ni la marge. Une valorisation de 2 300 milliards représente par ailleurs plus de trente fois ce revenu annualisé. Ni Anthropic ni OpenAI ne peuvent aujourd’hui couvrir leurs engagements avec leurs seules recettes.

Début 2026, Dario Amodei, patron d’Anthropic, reprochait à ses concurrents de ne pas « vraiment comprendre les risques qu’ils prennent » en investissant trop vite. Huit mois plus tard, son entreprise court pour rattraper la capacité de calcul d’OpenAI, dont l’objectif affiché atteint 30 gigawatts en 2030. Sam Altman, de son côté, met désormais en garde contre les « excès insoutenables » des néo-clouds (ces opérateurs spécialisés qui louent de la puissance GPU) et rappelle qu’un progrès technique peut transformer les projets coûteux d’aujourd’hui en mauvais paris.

Clients, actionnaires, fournisseur : qui règle la facture de Claude

La facture de Claude se répartit en couches. Les utilisateurs et les entreprises clientes en paient une part croissante, portée par ces 65 milliards de revenus annualisés. Les investisseurs de l’IPO en paieront une autre, jusqu’à 100 milliards. Et le fournisseur de puces avance une fraction du reste, qu’il récupère en ventes de GPU.

Les équipes qui bâtissent sur Claude en subissent les conséquences. Le prix des API (les interfaces qui permettent d’appeler le modèle depuis une application) et la disponibilité des modèles dépendent d’une chaîne financière où le coût du calcul est en partie subventionné par l’appétit des marchés et par la stratégie commerciale de Nvidia. Si l’un des deux se tarit, la facture remonte vers les clients : hausse des tarifs, quotas plus serrés, arbitrage entre modèles phares et versions plus économes. Vous avez intérêt à garder la possibilité de changer de modèle sans réécrire votre application.

Le prospectus apportera les premiers chiffres fermes. Une introduction en Bourse oblige à publier le détail des engagements de calcul, de leurs échéances et des contreparties. On saura enfin combien de dollars des revenus de Claude repartent, trimestre après trimestre, vers les puces qui le font tourner.

Sources

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