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ChatGPT entre dans vos onglets Chrome et agit à votre place

ChatGPT entre dans vos onglets Chrome et agit à votre place

Vous écrivez « Chrome » dans ChatGPT, et l’assistant voit soudain les pages que vous avez ouvertes. Que voit-il exactement, et au nom de qui agit-il ensuite ?

OpenAI vient de mettre à jour l’extension Chrome de ChatGPT. Une fois installée, il suffit de mentionner Chrome dans l’application web ou sur ordinateur pour que l’assistant accède aux onglets déjà ouverts. La démonstration montre une personne qui lui demande de comparer trois onglets de canapés avant un achat. Une barre latérale donne aussi accès à toutes les fonctions de ChatGPT et à l’historique complet des conversations, en mode Chat comme en mode Work, sans quitter la page en cours.

L’assistant lit l’écran entier, pas un document choisi

Jusqu’ici, un assistant IA vivait dans son propre onglet. Pour lui faire analyser une page, vous copiiez le texte, ou vous colliez un lien. Vous restiez le point de passage : rien n’entrait dans la conversation sans que vous le décidiez.

L’extension supprime ce passage. L’assistant n’attend plus qu’on lui tende une page, il va la chercher là où elle est affichée. Pensez à un collègue qui, au lieu de vous demander de lui faxer un document, se penche par-dessus votre épaule et lit l’écran. Le gain de temps est réel. Seulement, ce collègue ne lit pas un document que vous avez choisi : il lit tout ce que votre navigateur contient à cet instant.

Les exemples fournis par OpenAI donnent la mesure. Récupérer les fournisseurs listés dans plusieurs onglets pour produire un tableau comparatif avec prix, caractéristiques et liens. Analyser les services d’entrepreneurs affichés, puis rédiger un email au prestataire retenu. Ces usages supposent que l’assistant lise le contenu de pages que vous avez choisies de rassembler, mais aussi qu’il distingue les onglets pertinents des autres.

Un onglet connecté est une session ouverte

Le mot « onglet » dissimule un détail décisif. Un onglet de messagerie, de banque, d’outil de paie ou d’espace client n’est pas une simple page : c’est une session authentifiée. Vous vous êtes identifié une fois, le site vous reconnaît, et tout ce que vous voyez est réservé à votre compte.

Un assistant qui lit ces onglets accède donc à des données qu’aucun moteur de recherche ni aucun robot n’atteindrait. Il n’a pas besoin de mot de passe : il hérite de la connexion déjà établie dans votre navigateur. Pour le site visité, rien ne distingue vos clics de ceux de l’assistant, puisque la session est la même.

Les éléments publiés ne détaillent ni la liste exacte des permissions que demande l’extension, ni la façon dont les onglets sont sélectionnés ou transmis. On sait seulement que l’accès se déclenche quand l’utilisateur cite Chrome. Pour le reste, la page de permissions affichée à l’installation et la documentation d’OpenAI sont les seules références fiables.

De la lecture à l’action : deux risques distincts

La mise à jour ne s’arrête pas à la lecture. ChatGPT Work peut effectuer des actions dans ces onglets : envoyer des messages, remplir des formulaires, téléverser des fichiers. La fonction est présentée comme proche de la navigation automatique proposée par Gemini de Google, et l’extension peut aussi organiser ou regrouper les onglets ouverts.

Les deux niveaux ne se valent pas.

  • En lecture, le risque est celui de l’exposition : des informations privées, présentes dans un onglet voisin, peuvent se retrouver dans le contexte d’une conversation qui n’avait rien à voir.
  • En écriture, le risque est celui de l’effet : un message envoyé ou un fichier téléversé ne se rappelle pas. Un formulaire mal rempli sur un site connecté engage votre compte.

OpenAI prévoit au moins un garde-fou visible dans ses exemples : remplir un formulaire d’inscription à partir d’un brief « sans le soumettre ». L’assistant prépare, vous validez. La répartition tient tant que chaque action sensible demande un accord explicite, plutôt qu’un réglage global accordé une fois pour toutes.

Un autre risque touche tous les agents de navigation : ils lisent des pages écrites par des tiers. Un texte caché dans une page peut contenir des consignes destinées au modèle plutôt qu’au lecteur humain. C’est le principe de l’injection de prompt, et il prend un tour concret quand l’agent dispose de vos sessions ouvertes. Les sources consultées ne disent pas comment l’extension y répond.

Régler le périmètre avant d’ouvrir Chrome à l’assistant

Rien de tout cela ne condamne l’outil. Comparer des fournisseurs ou préparer un rendez-vous chez le dentiste, y compris l’ajout aux agendas professionnel et personnel, sont des tâches où gagner dix minutes compte. Mais le périmètre se règle de votre côté.

  • Ouvrez un profil Chrome dédié, sans compte bancaire ni messagerie professionnelle connectés, pour les tâches confiées à l’assistant.
  • Fermez les onglets sensibles avant de mentionner Chrome dans une conversation.
  • Lisez la liste des permissions de l’extension et relisez-la après chaque mise à jour, puisque celle-ci en change la portée.
  • Refusez les actions groupées : une validation par envoi de message ou par téléversement.

Dans une entreprise, la question concerne aussi l’équipe de sécurité. Un poste où un assistant lit des onglets connectés à des outils internes ou à des données clients déplace la frontière de confiance : l’éditeur de l’assistant devient un acteur de plus autour de ces sessions, et la politique d’extensions autorisées doit le dire.

Jusqu’ici, le navigateur se contentait d’afficher les pages. Dès qu’un assistant voit ce qu’il affiche, c’est l’onglet ouvert qu’il faut protéger, bien avant le mot de passe. Choisir ceux que vous acceptez de lui montrer deviendra bientôt un geste aussi courant que verrouiller son écran.

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