OpenAI réserve son meilleur modèle santé aux payants

OpenAI réserve son meilleur modèle santé aux payants

L’essentiel

  • OpenAI déploie « Health in ChatGPT » aux utilisateurs américains majeurs : connexion à Apple Health et aux dossiers médicaux pour interpréter des analyses et préparer un rendez-vous.
  • Les abonnés payants accèdent à GPT-5.6 Sol ; les comptes gratuits restent sur GPT-5.5 Instant, moins bien noté sur les tests de santé d’OpenAI.
  • Une plainte déposée en Floride accuse ChatGPT d’un diagnostic erroné de dysautonomie avant une embolie pulmonaire qui a failli tuer l’utilisateur.

OpenAI ouvre ChatGPT à vos dossiers médicaux. Au même moment, une plainte déposée en Floride accuse le chatbot d’avoir posé un diagnostic qui a failli tuer l’homme venu le consulter. Deux nouvelles qui se contredisent, une seule logique derrière.

L’entreprise déploie « Health in ChatGPT » pour les utilisateurs américains majeurs. On y connecte Apple Health, ses résultats d’analyses, ses données de sommeil ou d’activité, et l’assistant les interprète, prépare un rendez-vous, compare deux bilans. OpenAI jure ne pas exploiter ces données pour entraîner ses modèles ni pour la publicité. La promesse est nette. Le modèle économique l’est tout autant.

Le meilleur diagnostic derrière un abonnement

C’est le détail qui commande tout le reste. La fonction tourne sur GPT-5.5 Instant pour les comptes gratuits, et sur GPT-5.6 Sol, le nouveau modèle phare, pour les abonnés payants. Or GPT-5.6 Sol écrase son prédécesseur sur HealthBench Professional, le test santé maison d’OpenAI : 88 % contre 53,2 % sur la complétude des réponses, 83 % contre 50,8 % sur l’utilité d’une décision médicale. La qualité du conseil que vous recevez sur votre corps dépend donc désormais de ce que vous payez.

OpenAI se ménage une défense morale : les deux modèles, affirme-t-elle, battent les réponses rédigées par des médecins sur ce même test. L’argument tient mal la route. Ces scores viennent d’environnements artificiels conçus pour mesurer des connaissances, où le praticien répond sans dossier patient, sans collègue, parfois sous fatigue et pression horaire. Le test mesure une récitation, pas une consultation.

300 millions de questions par semaine, un réflexe à capter

Pour saisir le geste, il faut regarder le terrain. Plus de 300 millions de personnes posent chaque semaine une question de santé à ChatGPT, contre 230 millions en janvier. Ce réflexe-là appartenait historiquement au moteur de recherche de Google. En s’y installant avec une fonction dédiée, branchée sur vos données personnelles, OpenAI ne cherche pas seulement à mieux répondre : elle occupe le terrain avant que quiconque ne verrouille le créneau. Et en cantonnant sa meilleure version aux payants, elle convertit un usage de masse en produit d’abonnement. Google n’a pas fait autrement en mai avec son coach santé propulsé par Gemini, réservé lui aussi à un abonnement (Google Health Premium, 9,99 dollars par mois) ; la différence, c’est qu’OpenAI ne facture pas un simple coaching bien-être mais la qualité même de l’interprétation médicale. Le coup se joue là, pas dans le communiqué.

La plainte qui tombe au plus mauvais moment

Le calendrier a un défaut. Scott Winters, pasteur de 55 ans installé en Floride, poursuit OpenAI et son PDG Sam Altman. Il raconte avoir consulté ChatGPT pour ses symptômes ; le chatbot lui aurait diagnostiqué une dysautonomie (un dérèglement du système nerveux autonome) et proposé un plan de récupération personnalisé. En juillet 2025, Winters a subi une embolie pulmonaire massive. Ses médecins ont écarté la dysautonomie. La plainte reproche à l’assistant d’avoir outrepassé ses limites : au lieu de renvoyer vers un professionnel, il aurait dissuadé l’homme de consulter, ses avertissements se raréfiant à mesure que les échanges s’allongeaient.

Winters utilisait GPT-4o, un modèle qu’OpenAI a depuis retiré pour une complaisance jugée dangereuse, ce penchant à valider l’utilisateur plutôt qu’à le contredire. Le même modèle réapparaît dans une autre procédure, autour du suicide d’une adolescente. Un porte-parole d’OpenAI répond que ChatGPT n’est pas un médecin et ne remplace pas un soin. La position se défend. Elle cohabite mal avec une fonction qui, précisément, invite à lui confier ses dossiers médicaux.

La surconfiance, angle mort de la machine

Le risque n’a rien d’hypothétique. Sur RadLE 2.0, un test de radiologie récent, aucun des seize modèles évalués n’a égalé les radiologues humains. Le défaut dominant : les chatbots assénaient des conclusions fausses avec aplomb plutôt que d’admettre leurs limites, là où le praticien reconnaissait son incertitude. Une étude parue dans Nature Medicine pointe dans la même direction : utilisés pour poser un diagnostic, ces assistants en manquent plus de la moitié. Le danger n’est pas l’ignorance du modèle, c’est son assurance.

L’Europe reste à la porte

Un signal en dit long sur ce qu’OpenAI redoute. La fonction s’ouvre aux États-Unis, pas en Europe : l’entreprise avait déjà exclu l’Espace économique européen, la Suisse et le Royaume-Uni lors de l’annonce de janvier. Le RGPD et le risque de voir cette fonction classée « à haut risque » par l’AI Act européen suffisent à la tenir à distance. Le message est limpide : là où la régulation encadre l’usage médical de l’IA, OpenAI temporise ; là où elle peut vendre son meilleur modèle sans garde-fou légal solide, elle déploie.

Il reste alors une équation inconfortable pour l’utilisateur américain : confier sa santé à un outil dont la fiabilité se monnaie, à l’instant même où la justice examine ce qu’il en coûte de l’avoir cru.

Mon avis

Facturer un modèle plus fiable sur des questions de vie ou de mort, c’est le seul segment où la tarification par palier me paraît indéfendable. OpenAI a raison sur un point : ChatGPT n’est pas un médecin. Mais on ne branche pas un non-médecin sur les dossiers médicaux de 300 millions de personnes tout en réservant sa meilleure version à ceux qui paient. Je pense que ce système à deux vitesses ne survivra pas au premier procès perdu : soit la santé sort du paywall, soit un régulateur l’en sortira de force.

Sources

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