Alibaba vend 30 secondes de vidéo Wan3.0 pour 6 dollars

Alibaba vend 30 secondes de vidéo Wan3.0 pour 6 dollars

L’essentiel

  • Alibaba ouvre la bêta de Wan3.0, un modèle qui produit des vidéos allant jusqu’à 30 secondes à partir de texte, d’images, de PDF, de pages web ou de présentations PowerPoint.
  • La facturation se fait à la seconde : 0,20 dollar en 1080p pour la version Standard, soit 6 dollars le clip de 30 secondes, et 8,40 dollars avec la version Prime, plus rapide.
  • Le groupe lève 10,2 milliards de dollars en émettant 710 millions d’actions nouvelles à 14,4 dollars l’unité, opération dont la clôture est prévue le 26 août 2026.
  • Son bénéfice trimestriel a reculé de 75 % sur un an, sous l’effet de la hausse de ses dépenses d’IA.

Alibaba a ouvert la bêta de son nouveau modèle vidéo Wan3.0 avec un compteur plutôt qu’un abonnement : sur wan.video, la facture se calcule à la seconde. Trente secondes en 1080p, la durée maximale du modèle, coûtent six dollars. Le tarif tombe au terme d’un mois où le groupe a publié un bénéfice trimestriel divisé par quatre, puis levé 10,2 milliards de dollars pour financer son IA.

Wan3.0 double la durée et avale des PowerPoint

Le modèle passe à trente secondes, quand son prédécesseur plafonnait à quinze. Il traite le texte, l’image, la vidéo et l’audio dans le même mouvement, et une seule requête peut embarquer jusqu’à dix images, cinq vidéos et cinq extraits sonores. Il accepte aussi des documents bruts (PDF, pages web, présentations PowerPoint) qu’il transforme en séquence animée.

Deux fonctions moins spectaculaires en disent plus long sur la maturité du produit : le modèle recommande lui-même la durée adaptée à la demande, et un outil d’extension permet de rallonger une vidéo déjà générée. Alibaba insiste surtout sur la stabilité : moins de dérive visuelle sur les visages et les interfaces, des personnages, des accessoires et un agencement de l’espace qui se conservent d’un plan au suivant.

Cette constance est le nerf de la production. Un plan magnifique dont le personnage change de mâchoire à la douzième seconde ne se monte pas.

La grille suit la surface de pixels

En Standard, une seconde revient à 0,05 dollar en 480p, 0,10 en 720p, 0,20 en 1080p. Le prix double à chaque palier, comme la surface de pixels à calculer.

Un barème calé sur la résolution trahit un fournisseur qui répercute un coût de calcul, là où une licence se vendrait au forfait. Chaque seconde de vidéo suppose de générer des dizaines d’images cohérentes entre elles, et chacune mobilise des GPU (les puces spécialisées qui font tourner ces modèles) pendant un temps mesurable. Une imprimerie procède de la même façon : elle ne facture pas l’idée de l’affiche, elle facture le mètre carré d’encre et le temps de presse.

La comparaison avec Google situe le curseur : la même seconde en 1080p coûte 0,40 dollar avec Veo 3.1 en version standard, deux fois plus, et 0,08 dollar sur le palier Lite. Alibaba se place au milieu du marché, pas à son plancher.

La version Prime va dans le même sens. Elle rend le même format plus vite et coûte 40 % de plus : 0,28 dollar la seconde en 1080p contre 0,20. Le supplément achète une priorité d’accès à la machine, pas une meilleure image. La vitesse est devenue une ligne de catalogue.

Une remise de 30 % pendant que le bénéfice fond de 75 %

La version Standard est aujourd’hui proposée avec 30 % de remise. Deux annonces financières du même mois en éclairent le montant.

Alibaba a annoncé l’émission de 710 millions d’actions nouvelles à 14,4 dollars l’unité, soit 10,2 milliards de dollars (environ 8,7 milliards d’euros) destinés à financer son effort dans l’IA. La clôture est prévue le 26 août 2026. Quelques jours plus tôt, le groupe publiait un bénéfice trimestriel en repli de 75 % sur un an, qu’il attribue à la hausse marquée de ces mêmes dépenses.

Le prix affiché sur wan.video mesure donc moins ce que coûte une seconde de 1080p que la somme qu’Alibaba accepte de perdre pour installer l’habitude de produire ses vidéos chez lui. L’écart est financé par le marché actions. Cette économie porte un nom dans le logiciel : l’acquisition subventionnée. Elle fonctionne aussi longtemps que l’argent afflue, et se referme quand l’actionnaire réclame une marge.

Industrialiser sans dépendre d’un tarif provisoire

Alibaba vise large : accélération de la production cinéma, séries courtes, clips pour les réseaux sociaux, vidéos de marketing et de formation en entreprise, et génération de séquences de simulation pour entraîner des véhicules autonomes et des systèmes robotiques. Ce dernier usage est le plus vorace, parce qu’il consomme des heures de vidéo et non des clips de trente secondes. À 0,20 dollar la seconde, une heure de séquences en 1080p revient à 720 dollars, et ce sont ces factures-là qui diront si la grille tient.

Une chaîne de production montée sur ce tarif doit donc prévoir sa disparition.

  • Chiffrez au livrable, pas à la seconde : un plan exploitable sort rarement du premier essai, et trois tentatives ratées avant le bon font passer les trente secondes de 6 à 24 dollars. L’unité qui compte, c’est le taux de reprise.
  • Itérez en 480p, livrez en 1080p. Le rapport de 1 à 4 entre les deux résolutions rend absurde la recherche créative menée d’emblée en haute définition.
  • Réservez la version Prime aux urgences de calendrier, pas aux défauts d’image : elle n’achète que du temps.
  • Gardez vos prompts et vos références hors du service. Dix images, cinq vidéos et cinq pistes audio par requête constituent un actif de production : il doit rester rejouable ailleurs quand la remise disparaîtra.

Le 26 août, l’opération se clôture et Alibaba disposera de ses 10,2 milliards. La grille de Wan3.0 vivra sur cet argent jusqu’au trimestre où il faudra en rendre compte : c’est cette échéance qu’il faut inscrire au budget, pas les six dollars affichés aujourd’hui.

Mon avis

Ce tarif est un budget d’acquisition déguisé en catalogue, et il tiendra le temps que la levée d’août l’autorise. Mon pronostic : Alibaba touchera d’abord à la latence du palier Standard, pas au prix affiché, parce qu’on allonge une file d’attente sans communiqué alors qu’une hausse de prix se voit le jour même. Relevez donc dès maintenant vos temps de rendu moyens et consignez-les : ce journal pèsera plus lourd que la grille tarifaire le jour de la renégociation.

Sources

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