
Nous Research, qui développe l’agent open source Hermes Agent, vient de confirmer une levée de fonds de 90 millions de dollars. Son code a été cloné plus de 24 millions de fois, mais l’entreprise n’affichait mi-septembre qu’environ 36 millions de dollars de revenus annualisés : cet argent doit combler l’écart.
La start-up a réuni 90 millions de dollars en série B, sur une valorisation de 1,5 milliard. Son financement total atteint 158 millions en trois ans d’existence. L’argent finance un virage, « Hermes for Businesses » : une offre qui permet aux entreprises de déployer des agents IA personnalisés, capables d’enchaîner des tâches en plusieurs étapes, tout en gardant leurs données privées.

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Selon les estimations de Nous Research elle-même, Hermes Agent représenterait environ 2,5 % de la consommation mondiale de tokens d’IA (les unités de texte facturées par les fournisseurs de modèles). C’est un poids considérable pour un projet né chez des développeurs et des particuliers.
Mais un clone du code ne fait pas un client, et un token consommé ne rapporte rien à celui qui a publié l’agent. Le revenu annualisé, de son côté, est une extrapolation : on multiplie le chiffre d’un mois récent par douze. Il photographie une dynamique, pas un exercice comptable clos. À 36 millions de dollars pour une audience de cette taille, la start-up capte une fraction minime de la valeur qu’elle met en circulation.
L’open source qui réussit trop bien connaît ce problème : l’usage précède le modèle économique, et les investisseurs finissent par demander lequel. Hermes for Businesses est la réponse de Nous Research.
Des investisseurs aux intérêts très différents
Le tour est mené par Robot Ventures. Autour de la table figurent Nvidia, Union Square Ventures, Menlo Ventures, Samsung et 1789 Capital, fonds dont Donald Trump Jr. est partenaire. La liste est hétérogène, et chaque nom a probablement sa raison.
Pour Nvidia, l’hypothèse est simple, même si les sources ne la confirment pas : un agent ouvert très utilisé fait tourner beaucoup de calcul, et le calcul passe par ses puces. Un écosystème d’agents qui ne dépend pas d’un seul éditeur de modèles est aussi un marché moins verrouillé. Samsung peut y trouver un intérêt comparable côté matériel. Quant à 1789 Capital, sa présence ajoute une coloration politique à un projet qui se présentait jusqu’ici comme une affaire de communauté de développeurs.
Il s’agit de lectures, pas de déclarations. Un projet ouvert attire désormais des investisseurs dont les intérêts ne coïncident pas, et les arbitrages seront délicats le jour où ils divergeront.
La confidentialité des données face aux plateformes fermées
Le positionnement de « Hermes for Businesses » est lisible. Chez les plateformes d’agents fermées, les données de l’entreprise transitent chez le fournisseur ; Nous Research met en avant des agents personnalisés et des données gardées sous contrôle. L’argument parle vite aux directions informatiques et aux responsables de la conformité.
La difficulté est structurelle. Le code d’Hermes Agent est ouvert : n’importe quelle équipe technique peut le cloner, et des millions d’utilisateurs l’ont déjà fait. Ce que Nous Research peut vendre à une entreprise se trouve donc autour de l’agent : le déploiement, la personnalisation, la fiabilité, le support, la garantie que le système tient en production. Les sources ne précisent ni la grille tarifaire, ni les modèles de langage utilisés, ni le niveau de service promis. Ces trois éléments décideront pourtant si l’offre se distingue ou si elle revend du temps d’ingénieur.
Les éditeurs fermés, eux, disposent déjà de la distribution, des contrats-cadres et de la confiance des acheteurs. Nous Research arrive avec une communauté, sans réseau commercial.
Presque tripler les revenus avant décembre
La société vise plus de 100 millions de dollars de revenus annualisés avant la fin de 2026, selon le Wall Street Journal. En moins de quatre mois, il faudrait donc presque tripler. Un objectif aussi abrupt suppose de gros contrats d’entreprise signés vite : soit la demande existe déjà, soit la nouvelle offre convertit sans délai des utilisateurs actuels.
Deux réserves s’imposent. Le chiffre de 2,5 % des tokens mondiaux provient de la start-up, et aucune mesure indépendante n’est citée. Par ailleurs, un revenu annualisé en forte croissance peut refléter quelques contrats ponctuels autant qu’une base récurrente.
Pour une équipe qui envisage d’adopter Hermes for Businesses, mieux vaut tester la sortie avant l’entrée : que devient l’agent si l’on cesse de payer ? Les workflows, les données d’entraînement maison et les connecteurs restent-ils exploitables avec la version ouverte ? Un agent ouvert ne protège de la dépendance que si cette réversibilité est écrite dans le contrat.
Nous Research parie que des entreprises paieront pour ce qu’elles pourraient, en théorie, installer seules. Si la gratuité du code devient une concurrence que la société s’inflige à elle-même, la levée de 90 millions n’y changera rien.
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