Google met son agent dans Chrome, Perplexity dans votre PC

Google met son agent dans Chrome, Perplexity dans votre PC

L’essentiel

  • OpenAI a arrêté Atlas neuf mois après son lancement, alors que Chrome tient toujours environ 70 % du marché selon StatCounter.
  • Google déploie Gemini Spark dans Chrome pour ses abonnés AI Pro et Ultra aux États-Unis : avec votre permission, l’agent réserve une visite d’appartement ou remplit un formulaire à votre place.
  • Perplexity porte Personal Computer sur Windows : accès aux fichiers locaux, à Microsoft 365 et à plus de 400 outils tiers, réservé aux offres Max et Enterprise Max.

Le même mois, deux gestes contraires. OpenAI débranche Atlas, son navigateur maison, neuf mois après l’avoir lancé. Google glisse son agent Gemini Spark à l’intérieur de Chrome, Perplexity pousse le sien dans Windows. Le produit séparé disparaît ; la fonction qu’il portait change simplement d’hôte.

Personne n’a envie de déménager ses mots de passe

Le pari de 2025 tenait en une phrase : puisque l’IA change la façon de chercher, elle changera l’outil qui sert à naviguer. Un an plus tard, Chrome tourne encore autour de 70 % de parts de marché d’après StatCounter, en légère progression sur trois ans. Le navigateur IA promettait une rupture d’usage, mais il réclamait d’abord une migration : mots de passe, extensions, favoris, réflexes.

Les deux annonces de cette semaine prennent le problème par l’autre bout. Gemini Spark ne vous demande pas de changer de navigateur : il s’active dans celui que vous ouvrez déjà, d’abord chez les abonnés Google AI Pro et Ultra aux États-Unis, avec un déploiement annoncé dans d’autres régions. Personal Computer ne vous demande pas de changer de système : il s’installe dans Windows, là où se fait l’essentiel du travail en entreprise, comme le souligne Perplexity dans son communiqué du 28 juillet.

Le reste du marché va dans le même sens : Anthropic n’a jamais lancé de navigateur maison et fait passer Claude par une simple extension Chrome ouverte à ses abonnés payants, tandis qu’OpenAI redistribue les fonctions agentiques d’Atlas dans une extension Chrome et son application de bureau.

Comet séduit une niche, Chrome équipe des milliards d’appareils

Comet reste le cas d’école. Lancé le 9 juillet 2025 sur base Chromium, réservé à l’offre Max à 200 dollars par mois, il a été vendu par Aravind Srinivas comme un outil capable de presque tout : résumer une page ou un PDF, trier des onglets, remplir un formulaire, comparer des prix, tenir un agenda. Gratuit sur Mac et Windows dès octobre 2025, porté sur Android puis sur iOS en mars 2026, il grimpe à la troisième place de l’App Store américain en 48 heures.

Les chiffres d’adoption n’ont rien de ridicule : environ 18 millions d’utilisateurs actifs mensuels au premier trimestre 2026, et une valorisation passée de 9 milliards de dollars fin 2024 à 23 milliards en janvier 2026. Ils restent sans commune mesure avec le socle de Chrome. Séduire une niche d’utilisateurs avertis, oui. Déplacer un choix par défaut installé sur des milliards d’appareils, non.

Fichiers locaux, Microsoft 365 et 400 connecteurs

Les deux offres se distinguent d’abord par le périmètre d’accès qu’elles réclament. Comet devenait utile à partir du moment où l’utilisateur lui ouvrait ses comptes Google. Personal Computer va un cran plus loin : il ouvre les fichiers de la machine, remplit des documents, interroge le web et produit un livrable en local, avec un accès revendiqué à la suite Microsoft 365 et à plus de 400 outils via son catalogue App Connectors. Croiser un tableur enregistré sur le disque avec des données Snowflake, Salesforce ou HubSpot : voilà le scénario que l’entreprise met en avant.

L’architecture a changé elle aussi. La première version de Personal Computer, en février, se limitait au web et à des tâches exécutées dans le cloud. La nouvelle confie chaque étape à un sous-agent et choisit elle-même, selon Perplexity, le modèle le mieux adapté. Confort réel côté utilisateur, zone d’ombre côté gouvernance : sur des documents d’entreprise, ne pas savoir quel modèle traite quelle étape n’est pas un détail de configuration.

Spark suit la même logique côté web : avec votre autorisation, il prend en charge des tâches à votre place dans Chrome. La valeur s’est déplacée du rendu des pages vers le droit d’agir sur vos données et vos comptes.

Cocher la case engage vos fichiers et vos comptes

L’arbitrage a changé de nature. Installer un navigateur ne coûtait rien et s’annulait aussi vite. Ouvrir un périmètre d’accès engage vos fichiers, vos comptes et souvent votre budget. Trois points à trancher avant d’activer l’un ou l’autre :

  • ce que l’agent voit réellement : le dossier ciblé, ou toute l’arborescence et la messagerie qui va avec ;
  • ce qu’il fait sans validation humaine : lire, ou aussi écrire, envoyer, réserver, engager une dépense ;
  • ce que coûte la dépendance : Personal Computer est réservé aux offres Max et Enterprise Max, Spark aux abonnements AI Pro et Ultra. L’agent devient une ligne d’abonnement, pas un logiciel qu’on possède.

Un navigateur qu’on n’aime plus, on le désinstalle en deux minutes. Un agent à qui on a confié six mois de documents et quatre connecteurs métier, beaucoup moins.

Chrome, la distribution que le procès voulait casser

Le calendrier ajoute une ironie. Comet est arrivé en pleine phase de sanctions du procès antitrust, ouverte en avril 2025 par le ministère américain de la Justice, qui réclamait la cession forcée de Chrome. L’hypothèse d’un Chrome détaché de Google avait ouvert un espace : et si le navigateur dominant changeait de mains ? Un an après, c’est le mouvement inverse qui se joue, puisque Chrome sert de rampe de lancement à l’agent de Google auprès d’une base que personne n’a su entamer.

Faute d’un canal équivalent, Perplexity emprunte celui du concurrent de son concurrent : panneau latéral dans Word, Excel et PowerPoint depuis mai, présence dans Teams quelques jours plus tard, et désormais un agent qui s’exécute à l’intérieur de Windows.

La technique n’était pas en cause. Le navigateur IA a buté sur le passage à l’acte : un utilisateur ne change pas de navigateur, il coche une case. Cette case, Google et Perplexity vous la présentent désormais chacun depuis son terrain, l’un dans l’onglet, l’autre dans l’explorateur de fichiers.

Mon avis

La granularité des permissions tranchera cette bataille bien avant la qualité des agents, et sur ce terrain Microsoft et Apple détiennent une carte que ni Google ni Perplexity n’ont : le contrôle du système de fichiers. Je vois mal un agent tiers conserver longtemps un accès aussi large aux documents locaux sans que le système d’exploitation finisse par s’interposer, comme il l’a fait pour la caméra, le micro et la localisation. Ceux qui construisent aujourd’hui sur un accès total referont le chemin en sens inverse d’ici deux ans, en mode dégradé et à contrecœur. Entre un agent qui me demande trois fois et un agent qui range mon disque à ma place, mon choix est fait.

Sources

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