
48 %, puis 9,3 %. En l’espace de quelques mois, un même dépôt open source est passé d’une contribution acceptée sur deux à une sur dix. Ce chiffre circule beaucoup. Avant de s’en émouvoir ou de s’en réjouir, il faut le démonter : d’où il sort, ce qu’il mesure réellement, et ce qu’il dit de l’irruption des agents de génération de code.
D’où sort ce 9,3 %
La donnée provient d’une étude statistique des pull requests (PR, les propositions de modification soumises à un dépôt) ouvertes sur OpenClaw, publiée par Greptile le 8 mai 2026. Le constat est brut : avant un pic de soumissions, environ 48 % des PR finissaient mergées. Après, moins de 9,3 %.
Lisez bien l’ordre de grandeur. Un dépôt qui validait près d’une contribution sur deux n’en retient plus qu’une sur dix. Le volume a explosé, le taux de réussite a été divisé par cinq. Quand une métrique chute dans ces proportions sans que la qualité des mainteneurs ait changé, ce n’est pas le filtre qui s’est durci : c’est le flux entrant qui s’est dégradé.
Et la cause tient en une phrase. Le coût de production d’une pull request tend désormais vers zéro. Un assistant de génération de code écrit une fonctionnalité plausible en quelques secondes. Ce qui coûtait une soirée de travail à un développeur coûte maintenant une requête.
Ce que le chiffre mesure vraiment
Un taux global de 9,3 % aplatit une réalité plus parlante : la même étude segmente les contributeurs par ancienneté. Un premier venu voit 8,2 % de ses PR acceptées. Entre deux et cinq contributions, le taux monte à 10,3 %. Au-delà de cinq, il atteint 18,6 %.
Autrement dit, plus vous avez d’historique sur le dépôt, plus vos propositions passent, dans un rapport de plus de deux à un entre l’habitué et l’inconnu. La réputation n’est pas affichée comme une règle, mais elle agit comme un filtre de fait. La confiance ne se déclare pas, elle s’accumule, contribution après contribution.
Ce détail change la lecture du chiffre principal. Le 9,3 % ne dit pas que l’open source produit du mauvais code. Il dit que les mainteneurs ont, sans le formaliser, recommencé à trier par l’émetteur faute de pouvoir tout lire. Exactement le réflexe qu’on croyait réservé à une autre époque.
Fonctionnalités contre refactos : ce que le chiffre masque
Le plus instructif n’est pas dans le volume, mais dans la nature du code soumis. Toujours selon Greptile, les PR qui ajoutent une fonctionnalité ne sont mergées qu’à 9 %. Celles qui se contentent de réorganiser l’existant, les refactorisations, montent à 35 %.
Un écart de presque quatre fois entre deux types de contributions, voilà une signature. Réécrire du code déjà là est exactement ce qu’un agent fait le mieux : il reformule, renomme, restructure, sans avoir à comprendre l’intention du projet. Ajouter une vraie fonctionnalité suppose de saisir un besoin, des contraintes, une feuille de route. Les modèles produisent en masse ce qui est facile à produire, pas ce qui est utile à recevoir.
Ce 35 % de refactos acceptées est donc moins une bonne nouvelle qu’un symptôme. Il révèle un flux optimisé pour franchir la barre minimale du mergeable, pas pour servir le logiciel.
Le spam a juste changé de boîte
Pour comprendre ce que vaut ce 9,3 %, il faut le remettre dans une histoire plus ancienne. En 2000, le ver ILOVEYOU a contaminé 45 millions de machines en une seule journée. Sa force ne tenait pas à sa sophistication, mais à une asymétrie : envoyer un message ne coûtait presque rien, l’ouvrir reposait sur la confiance humaine.
La génération de code rejoue ce déséquilibre à l’identique. Soumettre une PR ne coûte quasiment plus rien, la relire mobilise toujours un cerveau humain et son temps. Tant que cette asymétrie persiste, le volume gagne, et la métrique d’acceptation s’effondre mécaniquement. Le 9,3 % n’est pas un accident de jeunesse de l’open source assisté par IA. C’est le prix d’attention que paient les mainteneurs. OpenClaw n’est d’ailleurs pas seul à encaisser le choc : début 2026, le projet curl a fermé son programme de primes aux bugs, noyé sous des rapports de vulnérabilité fabriqués par des modèles.
L’enjeu, pour un dépôt qui ouvre ses portes à ces agents, est désormais ailleurs. La question n’est plus de savoir si un modèle sait écrire une PR : il sait, et c’est précisément le problème. Tout se déplace vers la barrière d’entrée. Réputation, signature de contributions, quotas, revue assistée elle aussi par IA : les leviers existent, mais ils consistent tous à rétablir un coût là où il avait disparu.
Ce que vaut, au fond, ce chiffre
Pris seul, 9,3 % ressemble à un verdict sur la qualité du code généré. Replacé dans son contexte, il dit autre chose : une plateforme qui découvre, en temps réel, qu’elle doit se doter d’un système immunitaire. Le filtre par réputation, les écarts entre types de PR, le parallèle avec le courrier électronique convergent vers le même point.
Le code gratuit n’est pas du code sans coût. Il déplace la facture, de celui qui écrit vers celui qui lit. Les dépôts qui s’en sortiront seront ceux qui auront compris, avant les autres, où réinstaller un péage à l’entrée.
