
Sur la scène du DevDay, Sam Altman montre qu’un Dot peut recevoir une règle toute simple : ne jamais acheter au-delà d’un certain montant. Quelques semaines plus tôt, Mark Zuckerberg présentait Muse comme un agent « conçu dès l’origine pour la confidentialité et la sécurité ». Deux éditeurs, deux démonstrations, une même marchandise : la discrétion.
Les deux agents travaillent en votre absence, sur leur propre ordinateur dans le cloud, et se branchent à des services extérieurs. Muse, lancé le 8 septembre, vit dans une machine virtuelle sécurisée dotée de son navigateur. Dots est arrivé trois semaines plus tard dans ChatGPT, porté par GPT-6 Astra. Leur point commun le plus gênant : pour servir à quelque chose, chacun doit tout savoir de vous.

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L’argument de Meta est architectural. Les données de chaque utilisateur restent dans une machine virtuelle que Mark Zuckerberg décrit comme un « ordinateur Linux isolé » avec navigateur, processeur, mémoire et stockage. Nat Friedman, responsable produit de Meta Superintelligence Labs, résume l’ambition sur X : construire un équivalent d’OpenClaw qui soit sûr, simple et utilisable par des milliards de personnes.
L’isolement vaut entre utilisateurs, pas vis-à-vis de Meta. L’entreprise peut aujourd’hui consulter ce que contient la machine virtuelle, et ne promet qu’un mécanisme cryptographique vérifiable, censé lui interdire l’accès, « plus tard cette année ». En attendant, un chercheur a révélé une faille zero-day (une faille que l’éditeur ne connaissait pas encore) permettant de prendre le contrôle de Muse, depuis corrigée. Plusieurs problèmes graves seraient apparus à la veille du lancement, dont l’un aurait ouvert la porte aux bases de données internes de Meta.
Les réglages par défaut pèsent autant que les failles. L’entraînement des modèles sur ce que vous confiez à Muse est activé d’office, désactivable à la main. Un journaliste a raconté que l’agent avait téléchargé et lu ses messages privés sans qu’il le demande, un YouTubeur que son adresse avait été transmise à un inconnu via Marketplace. Dans les deux cas, Muse faisait ce pour quoi il est conçu : les deux utilisateurs n’avaient simplement pas mesuré jusqu’où l’agent irait. Meta assure par ailleurs que les données de la machine virtuelle ne nourrissent pas ses systèmes publicitaires.
OpenAI règle les permissions, derrière un péage
Face à ce bilan, OpenAI a bâti son discours de DevDay sur le contrôle fin. Alexander Embiricos, responsable produit de Codex, a revendiqué l’ambition d’offrir « l’assistant le plus digne de confiance, sûr et sécurisé ». Concrètement, Dots s’appuie sur des permissions, des règles personnalisées (Custom Rules) et une relecture automatique (Auto-review) pour borner ce que l’agent peut faire. Pour les entreprises, OpenAI met en avant des contrôles plus stricts sur les données et des options de non-conservation sur ses serveurs.
Le contraste est réel, mais il a une limite : le particulier n’est pas l’entreprise. Sur un forfait personnel, l’activité d’un Dot peut servir à améliorer les modèles d’OpenAI, selon le réglage de ChatGPT. Et l’entrée coûte 100 dollars par mois (formule Pro 100), contre un palier gratuit plafonné chez Muse, puis 20 et 100 dollars pour les niveaux Power et Maximum.
Ce tarif explique en partie le silence autour de Dots. Peu de scandales de confidentialité l’ont touché, mais l’agent n’a presque pas été éprouvé : Muse, lui, a gagné 600 000 utilisateurs actifs quotidiens aux États-Unis en quelques semaines, d’après Apptopia. Une absence d’incident mesure d’abord une audience restreinte.
Mails, agenda, navigateur : la monnaie d’échange
Meta vend l’isolement, OpenAI vend la maîtrise. Aucun des deux ne contourne la règle de fond : plus vous reliez de comptes, plus l’agent est capable, et plus il en sait. Mails, agenda, fichiers, sessions de navigateur : la plupart des gens ne céderaient pas si facilement un tel accès à une application ordinaire.
Les premiers utilisateurs ont inventé leurs propres garde-fous. Un acheteur du Minnesota donne son accord avant chaque commande et paie avec une carte à usage unique, parce qu’il ne confierait pas sa meilleure carte à un agent. Un autre, utilisateur d’Instinct, a vu arriver 20 livres d’ailes de poulet (environ 9 kilos) pour une commande sans quantité précisée ; il suppose que l’agent a extrapolé d’achats antérieurs plus gros. Aucune faille là-dedans, seulement un agent qui comble un vide avec ce qu’il sait de vous.
Les éditeurs eux-mêmes reconnaissent que leurs agents se trompent. Meta indique que Muse demande une autorisation avant les actions sensibles, comme un envoi de mail ou un achat. Lors d’une prise en main, la validation par défaut ne portait pourtant que sur certaines actions. Quant à Amazon, il a déjà bloqué Muse sur sa boutique.
Les garde-fous à poser avant d’ouvrir ses comptes
Muse se teste à moindre coût, à condition de commencer par ses réglages : désactiver l’entraînement sur vos données, durcir les autorisations, ne relier qu’un compte à la fois. Dots offre des règles plus fines, mais son prix le réserve à ceux qui savent déjà ce qu’ils veulent en faire. Dans les deux cas, une boîte mail dédiée, une carte à usage unique et un plafond de dépense écrit dans les règles coûtent peu et limitent les dégâts.
Meta promet d’empêcher, preuve à l’appui, son propre accès aux machines virtuelles. Si cette garantie arrive et se vérifie, elle déplacera le débat : une protection qui exclut l’éditeur vaut davantage qu’un argument de vente. Tant qu’elle n’existe pas, vous achetez la confiance sur parole, et OpenAI comme Meta vous demandent de la leur accorder avant qu’ils l’aient méritée.
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