
L’essentiel
- Anthropic affirme que Claude a retrouvé en moins de 30 minutes comment ont été produites les graines (seeds) des courbes elliptiques standardisées par le NIST en 2000, fournies sans explication par la NSA.
- Elles viennent de lrand48, un générateur de nombres pseudo-aléatoires du langage C, initialisé avec un horodatage Unix compris entre mai 1997 et avril 1998.
- L’hypothèse d’un hachage d’une phrase humoristique, avancée par l’ancien employé de la NSA Jerry Solinas, est donc écartée.
- Anthropic estime qu’une porte dérobée délibérée devient moins probable, et reverse la prime de 36 864 dollars à l’Internet Security Research Group.
Des chercheurs butaient sur ces nombres depuis vingt-cinq ans. Selon Anthropic, Claude a retrouvé en une demi-heure comment la NSA (l’agence américaine du renseignement électronique) avait fabriqué les graines des courbes elliptiques standardisées par le NIST, livrées à l’époque sans le moindre mode d’emploi.
Le modèle a répondu à la question « comment ces nombres ont-ils été produits ? », pas à « ces courbes sont-elles piégées ? ». La première est désormais close, la seconde reste ouverte, et l’intérêt de l’épisode se loge dans cet écart.

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En 2000, le NIST (l’institut américain des normes) standardise plusieurs courbes pour l’ECDSA (Elliptic Curve Digital Signature Algorithm), le procédé de signature numérique à courbes elliptiques le plus répandu. Les paramètres de ces courbes dérivent de valeurs de départ, les graines, que la NSA a fournies sans jamais dire comment elle les avait obtenues.
Ce silence a nourri vingt-cinq ans de méfiance : si l’on ne sait pas d’où vient la graine, on ne peut pas exclure qu’elle ait été choisie pour affaiblir la courbe. En 2023, le cryptographe Filippo Valsorda a même offert une prime à qui retrouverait les graines, et des amateurs se sont lancés dans la traque. Jerry Solinas, ancien de la NSA aujourd’hui décédé, avait suggéré qu’elles étaient le hachage d’une phrase humoristique. Cette piste s’est révélée fausse.
Selon Anthropic, l’explication est plus prosaïque : les graines sortent de lrand48, un générateur de nombres pseudo-aléatoires de la bibliothèque C classique des systèmes Unix, initialisé avec un horodatage Unix situé entre mai 1997 et avril 1998.
Les 31 bits qui ont trahi les graines
L’indice tient à une propriété technique : lrand48 ne produit que 31 bits de sortie. Dans plusieurs graines, le bit de poids fort vaut systématiquement zéro, une régularité qu’un tirage vraiment aléatoire sur 32 bits rendrait très improbable. Claude a repéré cette empreinte, puis relié la signature statistique à une famille de générateurs connus.
La suite relève de l’arithmétique. Une année d’horodatages représente environ 31 millions de valeurs possibles, une broutille pour un ordinateur. Une fois le bon générateur identifié, retrouver la date d’initialisation revient à rejouer la fenêtre et à comparer avec les graines publiées. La puissance de calcul a donc peu pesé : l’apport de l’IA a été de formuler la bonne hypothèse parmi des milliers.
Ce type de résultat a un avantage rare en cryptographie : il se vérifie. N’importe quel ingénieur peut rejouer la procédure et constater que les nombres coïncident. La confiance ne repose pas sur la parole d’un laboratoire, mais sur un calcul reproductible.
Une origine banale n’innocente pas tout
Anthropic conclut que cette découverte rend une porte dérobée délibérée moins probable. La formulation est mesurée, et elle a raison de l’être.
Savoir que les graines viennent d’un générateur ordinaire, initialisé par une date, explique leur provenance. Cela ne démontre pas que les courbes sont sans défaut, ni qu’aucun tri n’a eu lieu en amont : quelqu’un qui aurait essayé de nombreuses dates pour ne garder que celle donnant une courbe avantageuse laisserait exactement le même type de trace. Le résultat enterre l’histoire de la phrase cachée et affaiblit l’hypothèse du complot, mais il ne ferme pas le dossier. Anthropic reconnaît aussi que les points de base de quatre de ces courbes restent inexpliqués.
La pièce manquante, elle, est documentaire. Seule la NSA pourrait dire pourquoi cette méthode a été retenue et si d’autres essais ont été écartés. Aucun calcul, humain ou artificiel, ne remplace cet aveu.
Une enquête de vingt-cinq ans ramenée au prix d’une demi-heure
Pendant un quart de siècle, les chercheurs ne manquaient pas. Il manquait une méthode bon marché pour tester en série des hypothèses de fabrication. Un modèle capable de proposer des candidats (hachages, générateurs, dates), de les confronter aux données et de signaler un biais statistique fait chuter le coût de ce genre d’audit. Google DeepMind suit une voie voisine avec AlphaEvolve, un agent qui propose des algorithmes puis les soumet à des évaluateurs automatiques, et qui a ainsi trouvé une multiplication de matrices complexes 4×4 en 48 produits au lieu de 49.
Vous gérez un système où figurent des constantes inexpliquées : paramètres de chiffrement hérités, valeurs magiques d’un protocole, jeux de test dont personne ne connaît l’origine ? La même démarche est à votre portée. Donnez au modèle les valeurs, demandez-lui d’énumérer les procédés de génération plausibles, puis exigez un script qui rejoue chaque hypothèse. Une réponse sans script reproductible ne vaut pas preuve.
Gardons aussi la mesure sur le calendrier. Les détails de la démonstration nous parviennent par l’annonce d’Anthropic, et la validation indépendante par la communauté cryptographique reste l’étape qui comptera. La force de la méthode, c’est justement qu’elle l’autorise.
Quant aux autres paramètres de standards dont personne n’a jamais su expliquer l’origine, ils viennent de perdre leur meilleure excuse : la difficulté de l’enquête.
Mon avis
Trente minutes pour une énigme de vingt-cinq ans, cela signifie surtout que l’opacité des standards n’est plus protégée par le coût de l’enquête. J’attends que chaque constante sans origine documentée passe au même crible avant la fin de l’année, et ce sont celles qui résisteront qui mériteront vraiment notre attention. Cette courbe-ci n’était qu’un cas d’école.
Sources
Ils m’ont fait confiance
« Il ne se contente pas de corriger les symptômes, il cherche à comprendre l'origine des problèmes et à sécuriser les modifications effectuées. J'ai réellement le sentiment d'avoir trouvé un développeur qui comprend à la fois la technique et les enjeux globaux du projet. »
Évaluation client · projet WordPress · septembre 2026
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