Les sites exposés aux AI Overviews perdent 23 % de taux de clic

Les sites exposés aux AI Overviews perdent 23 % de taux de clic

L’essentiel

  • Ahrefs a comparé les données Search Console de 963 domaines français avant et après le déploiement des AI Overviews du 22 juillet en France.
  • Les domaines dont plus de 20 % des requêtes déclenchent un résumé généré par IA perdent 23,1 % de taux de clic médian, quand le groupe témoin progresse de 2,3 %.
  • Les positions bougent peu : un domaine du panel affiche 183 % d’impressions supplémentaires pour 1,9 % de clics en moins.
  • Sur l’ensemble du panel, la baisse médiane reste à 5,7 % de taux de clic, mais 5 % des domaines ont perdu plus de la moitié de leurs clics.

Un site qui garde ses positions, qui gagne même des affichages, et dont le taux de clic tombe à un tiers de sa valeur : le cas est documenté, il sort du panel français d’Ahrefs. Depuis le 22 juillet, Google déploie en France ses AI Overviews, ces résumés générés par IA posés au-dessus des liens ; les premières mesures françaises viennent de tomber, et l’écart entre ce qui s’affiche dans les résultats et ce qui se clique est devenu chiffrable.

Des positions intactes, un rendement en chute

Ahrefs a suivi 963 des 1 000 domaines les plus cliqués du pays, de part et d’autre du déploiement. Deux groupes : ceux dont plus de 20 % des requêtes déclenchent un résumé généré par IA, et un groupe témoin dont moins de 2 % des requêtes sont concernées. Le premier perd 23,1 % de son taux de clic médian sur les neuf jours qui suivent, passant de 2,29 % à 1,76 %. Le second gagne 2,3 %.

Traduits en volume, ces deux pourcentages deviennent plus parlants. Pour 10 000 affichages dans les résultats, un site du groupe exposé récolte 176 visites au lieu de 229. Cinquante-trois clics évaporés, à travail éditorial et classement identiques. Et la baisse ne touche pas quelques cas isolés : 82 % des domaines exposés reculent.

Le point technique compte plus que l’ampleur : le recul ne vient pas d’une perte de rang. Ahrefs relève peu de mouvements dans les pages de résultats fin juillet, et les pages continuent de s’afficher aussi souvent, parfois davantage. Le cas le plus spectaculaire du panel gagne 183 % d’affichages pour 1,9 % de clics en moins. La mécanique tient en une ligne : l’AI Overview ne fait pas sortir un site de la page, il le rend inutile à l’intérieur de celle-ci.

Google et Ahrefs ne comptent pas la même chose

Face aux études étrangères, Google répète qu’il ne constate aucun recul du trafic web global qu’il envoie aux sites. Les deux affirmations peuvent coexister, parce qu’elles ne portent pas sur la même grandeur. Le moteur parle d’un volume total, agrégé sur des milliards de requêtes et sur un web qui grossit. Ahrefs mesure le rendement d’une position acquise : combien de visites rapporte encore le fait d’être bien classé. C’est cette seconde grandeur qui se dégrade, et c’est elle qui décide d’un budget rédactionnel.

Ce niveau de recul n’a d’ailleurs rien d’inédit. Aux États-Unis, le Pew Research Center mesurait déjà en mars 2025 que les internautes ouvraient un lien classique dans 8 % des recherches accompagnées d’un résumé IA, contre 15 % en son absence.

Deux réserves méritent d’être posées, et l’étude les assume. La première tient à la fenêtre de mesure : 28 jours avant, 9 jours après. C’est court pour distinguer un régime durable des à-coups d’un déploiement qui n’a pas fini de s’installer, et les seuils de déclenchement d’un résumé IA n’ont aucune raison d’être stables dans les premiers jours. La seconde porte sur la baisse corrigée de 24,8 % qu’on lit ici et là : elle s’obtient en retranchant du groupe exposé la progression du témoin. C’est un calcul d’ajustement, pas une mesure de terrain, et il vaut ce que vaut l’hypothèse d’un témoin représentatif.

Derrière la médiane, une cinquantaine de sites coupés en deux

Ramené à l’ensemble du panel, le résultat devient beaucoup plus sage : 5,7 % de baisse médiane sur le taux de clic, 8,8 % sur les clics. Les sites très exposés restent une minorité, et personne ne peut annoncer honnêtement un effondrement du web français à partir de ces neuf jours.

La médiane écrase pourtant des situations qui n’ont rien à voir entre elles. La répartition des pertes de clics quotidiens sur le panel se lit ainsi :

  • 48 % des domaines ont perdu plus de 10 % de leurs clics ;
  • 19 % en ont perdu plus de 30 % ;
  • 5 % en ont perdu plus de la moitié.

Ces 5 %, sur 963 domaines suivis, représentent une cinquantaine de sites parmi les plus cliqués de France dont l’audience Google a été divisée par deux en neuf jours. Aucun rachat, aucune pénalité, aucune refonte : un changement d’interface. Les domaines en .fr encaissent d’ailleurs plus que la moyenne, avec 12 % de clics perdus en médiane, ce qui ne plaide pas pour un web francophone épargné.

Arbitrer requête par requête, avant d’écrire

Pour un éditeur, la conséquence opérationnelle est inconfortable, parce qu’elle attaque l’unité de travail elle-même. Tant que le rang restait la variable pilote, un article se justifiait par sa capacité à monter. Désormais, deux positions identiques n’ont plus la même valeur selon que la requête déclenche ou non un résumé généré par IA. Une même page bien classée peut rapporter deux fois moins qu’avant le 22 juillet sans qu’aucun indicateur de classement ne bronche.

La mesure est pourtant à portée de main. Il suffit de croiser, famille de requêtes par famille de requêtes, le taux de déclenchement d’un AI Overview et le taux de clic constaté dans Search Console. Les familles où le résumé répond à la place de la page deviennent alors identifiables. Et il faut accepter la conclusion qui va avec : écrire dessus revient à produire de la matière première pour la réponse de quelqu’un d’autre. Ce qui résiste, ce sont les requêtes où la réponse suppose un test qu’on a mené, une donnée qu’on possède seul, un jugement qui engage une signature.

Le pilotage par la position moyenne, lui, a vécu. Un tableau de bord tout au vert, affichages en hausse et rangs stables, peut désormais accompagner un rendement divisé par près de trois, et c’est ce qui rend cette bascule difficile à voir depuis l’intérieur d’une rédaction.

Mon avis

Neuf jours ne prouvent rien sur la durée, et pourtant je ne vois pas par quel mécanisme ces clics reviendraient : un résumé qui répond correctement n’a aucune raison de rendre la main. Le plus gênant tient à l’invisibilité de la perte dans les outils, puisqu’une rédaction peut voir fondre le tiers de son audience avec des positions et des impressions au vert. D’ici la fin de l’année, je m’attends à lire des annonces de plans d’économies chez des éditeurs dont les courbes d’affichage n’ont jamais été aussi bonnes. Le calcul à faire n’attend pas : quelle part de votre catalogue alimente aujourd’hui une réponse que vous ne signerez jamais ?

Sources

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