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L’IA freine l’embauche des jeunes, pas celle des seniors

L'IA freine l'embauche des jeunes, pas celle des seniors

Deux générations, des métiers identiques, un même accès aux outils d’IA générative. Et pourtant, une seule des deux voit la porte d’entrée se refermer. La Banque de France vient de chiffrer cet écart, et il se creuse d’abord chez les plus jeunes.

L’étude, publiée dans le Bloc-notes Éco de l’institution, est signée de cinq économistes. Ils ont passé en revue toutes les embauches et fins de CDI (contrat à durée indéterminée) déclarées entre janvier 2019 et mars 2026, puis les ont croisées avec un indice d’exposition de chaque métier à l’IA. Ils y ont ajouté les réponses d’environ 6 000 entreprises à l’enquête de conjoncture de la Banque de France. L’avantage de cette méthode : comparer, à l’intérieur d’un même marché du travail, des professions plus ou moins touchées par l’IA, plutôt que de s’en remettre à une moyenne nationale qui dilue tout.

Vingt ans contre cinquante ans : le même métier, deux marchés

Le contraste tient d’abord à l’âge. En mars 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans dans le cinquième des professions les plus exposées se situent environ 28 % sous leur niveau de novembre 2022, mois du lancement de ChatGPT. Dans le cinquième le moins exposé, le recul est d’environ 8 %.

Chez les 30-39 ans puis les 40-49 ans, l’écart se resserre. À partir de 50 ans, il disparaît presque. Le débutant et le senior pratiquent le même métier, mais le premier doit y entrer, le second y est déjà installé.

Cette lecture colle à une intuition simple : les tâches qu’on confie à un junior (rédiger un premier jet, trier, documenter, produire un code de base) sont celles qu’un modèle de langage avale le plus facilement. L’expérience, elle, reste difficile à substituer. Un senior apporte du jugement, une connaissance de l’entreprise et des clients, autant de choses qu’aucun outil ne reproduit sur simple demande.

Embaucher moins, licencier à peine moins

Reste le versant des départs. Chez les 21-29 ans, les fins de CDI reculent aussi dans les métiers exposés, d’environ 23 % contre 6 % dans les moins exposés. Les entreprises recrutent donc nettement moins, et se séparent un peu moins de leurs salariés.

Les équipes se renouvellent mécaniquement plus lentement. Les entreprises qui déclarent un usage intensif de l’IA recrutent moins de jeunes en CDI que les autres, sans que leur emploi total s’écarte nettement de celui du reste de l’économie. Personne n’est remercié en masse. On ne remplace simplement plus celui qui part, ou on ne recrute pas celui qui aurait dû arriver.

Pour qui cherche un premier poste, la différence compte : le chômage statistique ne bouge pas forcément, le sas d’entrée si.

Les développeurs, cas d’école et cas à part

Les développeurs et ingénieurs informatiques, très présents parmi les métiers les plus exposés, concentrent l’effet. Chez les 21-29 ans, leurs embauches en CDI sont début 2026 environ 42 % sous leur niveau de novembre 2022, contre environ 11 % dans les métiers moins exposés : un écart proche de 31 points.

Le schéma diffère ici : le recul ne se limite pas aux jeunes. Il s’atténue avec l’âge mais touche toutes les tranches. En Norvège, les chercheurs Hernæs et Kostøl relèvent un décrochage comparable, avec un emploi des jeunes développeurs en baisse d’environ 18 %, alors que l’ensemble des métiers exposés n’y recule pas significativement chez les jeunes.

Les auteurs eux-mêmes posent la limite : pour ce métier, ils ne peuvent pas démêler la part de l’IA de celle de la conjoncture de l’informatique, marquée par les réorganisations qui ont suivi la pandémie. Un développeur de moins embauché ne signe pas automatiquement un agent IA de plus.

Un constat français que le Danemark ne confirme pas

Les travaux menés à l’étranger ne vont pas tous dans le même sens. Au Danemark, on observe surtout une réorganisation rapide des tâches, sans effet moyen détectable sur les heures travaillées ni sur les revenus. Deux lectures s’affrontent : l’IA déplace le travail à l’intérieur des postes, ou elle commence à réduire les postes d’entrée.

Les données françaises penchent pour la seconde, mais elles décrivent une corrélation. Un indice d’exposition mesure ce que l’IA pourrait faire, pas ce que les entreprises lui confient réellement. Et sept ans de données, dont quatre depuis ChatGPT, restent une fenêtre courte.

Pour un étudiant en informatique comme pour un responsable d’équipe, la conséquence est pourtant concrète. Si les tâches de débutant s’automatisent, la manière d’apprendre le métier doit changer : qui formera les seniors de 2035 si personne n’a la chance de faire ses armes sur les sujets simples ? Les entreprises qui ferment aujourd’hui l’entrée de carrière en connaîtront la réponse dans dix ans.

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