
L’essentiel
- OpenAI a ouvert son API Agents : la boucle de l’agent s’exécute sur l’infrastructure de l’éditeur, avec le harnais Codex, l’orchestration, les sessions longues et la gestion du contexte prises en charge par OpenAI.
- Anthropic a complété ses Claude Managed Agents d’un visualiseur de sessions dans sa CLI (
ant beta:sessions connect, et--webpour une interface web) et d’un modeautoqui arbitre chaque appel d’outil. - Les deux annonces sont tombées le 10 septembre à quarante minutes d’intervalle : vous gardez le choix de l’endroit où le code s’exécute, pas celui de l’endroit où vit l’état de l’agent.
Le 10 septembre au soir, Anthropic et OpenAI ont publié coup sur coup deux annonces qui décrivent le même mouvement. D’un côté une API Agents qui exécute les agents dans le cloud avec le harnais Codex, la couche logicielle qui pilote l’agent, « entièrement gérée » par OpenAI. De l’autre deux ajouts aux Claude Managed Agents, le visualiseur de sessions et le mode automatique. Dans les deux cas, ce qui se vend a changé de nature : au droit d’appeler le modèle s’ajoute l’hébergement de la boucle d’exécution, et cette seconde couche s’abandonne beaucoup moins facilement que la première.
L’orchestration part, l’exécution du code reste
Un agent, techniquement, tient dans une boucle. Le modèle propose une action, un outil l’exécute, le résultat rentre dans le contexte, et on recommence jusqu’à la fin de la tâche ou du budget. Tout le travail d’ingénierie d’agent des deux dernières années s’est concentré là : reprendre après une erreur, couper un contexte qui déborde, relancer sans tout perdre.
OpenAI décrit sa répartition sans ambiguïté. L’éditeur exécute la boucle sur son infrastructure et coordonne les appels au modèle, l’usage des outils et le contexte. Vous, vous contrôlez les capacités de l’agent, l’endroit où le code s’exécute et celui où les fichiers sont manipulés. La frontière est nette, et elle se lit mieux à l’envers : on vous laisse l’exécution, celle qu’un conteneur assure aussi bien ailleurs, et on prend l’orchestration, la seule brique difficile à reconstruire.
L’état long des sessions devient l’actif
Dans son annonce, OpenAI cite les « sessions longues » et la « gestion du contexte » comme des services rendus. Ce sont surtout des données qui s’accumulent chez le fournisseur : l’historique des décisions de l’agent, les résumés successifs de son contexte, les sorties d’outils, la trace de ce qui a échoué et de ce qui a marché. Appelons cela l’état long, faute de mieux.
Cet état ne se télécharge pas comme un jeu de poids de modèle. Il n’a pas de format d’échange, pas de commande d’import chez le concurrent, et il grossit avec l’usage. Au bout de six mois d’exploitation, il contient une bonne partie de l’apprentissage opérationnel de vos agents, et il n’existe qu’à un seul endroit.
Google occupe ce terrain depuis plus longtemps : l’Agent Engine de Vertex AI conserve déjà chaque interaction entre l’utilisateur et l’agent dans des sessions gérées, stockées sur l’infrastructure du fournisseur. Les trois plateformes convergent vers le même modèle, à quelques mois d’écart.
Le visualiseur d’Anthropic pointe la même dépendance, par un autre biais. Quand une commande sert à attacher votre terminal à une session en cours d’exécution, ou à l’ouvrir dans un navigateur, c’est que l’objet observé a une durée de vie propre, indépendante de votre machine. Un processus qu’on rejoint est un processus qui habite quelque part.
Avec le mode auto, l’autorisation devient un jugement
En mode auto, Claude examine chaque appel d’outil au regard de l’intention exprimée dans les événements user.message, puis décide de l’exécuter, de le refuser ou de vous rendre la main. La politique d’autorisation quitte le fichier de configuration pour devenir une appréciation contextuelle du modèle.
Le gain d’ergonomie est réel, et quiconque a maintenu une liste blanche d’outils sait pourquoi. Le coût se paie ailleurs. Justifier auprès d’un auditeur pourquoi une action a été exécutée revient à expliquer comment un modèle a interprété une intention formulée en langage naturel. Cette interprétation, ses garde-fous et ses évolutions appartiennent au fournisseur, et rien de tout cela ne se transpose chez un concurrent.
Facturer la session, puis répondre sur l’export
Les deux offres restent en bêta, et la commande d’Anthropic porte encore le préfixe beta. D’ici la fin 2026, elles devraient en sortir, et la facturation glissera vraisemblablement du token seul vers une unité plus proche de la session, parce qu’une boucle hébergée consomme du temps machine même quand le modèle ne parle pas. Une condition à cela : que les sessions longues tiennent plusieurs jours sans dériver, ce que personne n’a démontré publiquement à cette échelle.
Au premier semestre 2027, l’export deviendra le sujet des directions achats. Les directions techniques qui signent aujourd’hui pour l’ergonomie demanderont dans six mois comment sortir, et la réponse conditionnera les renouvellements. Deux issues : soit un format d’échange de sessions émerge, sous la pression des acheteurs plutôt que par vertu, soit l’état long reste propriétaire et la migration se chiffre en trimestres.
La seconde issue est la plus probable, et elle tient à une asymétrie simple : changer de modèle est devenu l’affaire d’une variable d’environnement, alors qu’aucune procédure n’existe pour rapatrier l’historique d’exécution de cent agents. C’est l’inverse exact de ce que le marché regarde quand il compare des offres.
Avant de confier sa production à l’une de ces offres, une question suffit à trancher : quelle commande rapatrie une session, dans quel format, et avec quel contenu ? Une réponse évasive est déjà une réponse.
Mon avis
Ces deux annonces marquent selon moi le moment où la valeur a quitté le modèle pour s’installer dans l’historique d’exécution, et personne ne l’a formulé ainsi parce que ça se vend mal. D’ici l’été 2027, je m’attends à ce que changer de fournisseur de modèle reste une affaire de quelques heures, tandis que déménager l’état de ses agents demandera un trimestre et une ligne budgétaire. Ma règle d’ici là ne bougera pas : rien en production sur une session gérée dont je ne sais pas extraire l’historique, quitte à me passer du confort du visualiseur. Le prix d’un verrou ne se voit jamais le jour de la signature.
