
L’essentiel
- OpenAI a déployé GPT-6 Astra dans ChatGPT Work, Codex et son API, avec le pilotage d’écran (computer use) comme capacité mise en avant.
- Le modèle travaille dans des applications dépourvues d’API, en cliquant comme le ferait un salarié, sans intégration préalable.
- Tarifs annoncés : 10 dollars le million de tokens en entrée, 50 dollars en sortie.
- Sur son test de sûreté interne, OpenAI revendique 89 % d’issues non voulues en moins que GPT-5.6 Sol, et ouvre des contrôles d’accès par site et par application.
GPT-6 Astra est passé en production dans ChatGPT Work, Codex et l’API d’OpenAI. Son argument de vente tient moins aux classements qu’au panneau d’administration livré avec lui : un responsable y coche les sites web et les applications de bureau auxquels le modèle a droit, et ferme le reste.
Jusqu’ici, acheter un modèle de texte ne touchait presque pas au système d’information : on branchait une API (interface de programmation, le point d’entrée par lequel deux logiciels se parlent) sur un flux de mots. Un agent qui clique travaille dans les mêmes écrans que vos équipes, avec les droits de la session dans laquelle il tourne.
Sans API, Astra travaille dans les écrans de vos équipes
OpenAI décrit le problème qu’il prétend régler : la plupart des systèmes d’IA imposent à l’entreprise de préparer ses données, de redessiner ses processus et de développer des intégrations avant de rendre le moindre service. Astra est présenté comme capable d’écrire du code et d’agir dans les applications que les équipes utilisent déjà, y compris celles qui n’exposent aucune API. Le chantier d’intégration sort du devis. La capacité, elle, n’appartient en propre à personne : Anthropic a sorti son outil computer use de bêta en août 2026, et Google propose le sien dans l’API Gemini, du navigateur au poste de travail.
Les exemples mis en avant viennent des premiers jours de déploiement : optimisation de GPU (les processeurs graphiques sur lesquels tournent les modèles), détection d’écarts dans des états financiers, production de présentations conformes à une charte. En interne, l’éditeur raconte avoir transformé trois heures de rushes multicaméras en une vidéo de prise en main pour développeurs, vue plus de 550 000 fois en quatre jours, et avoir fait diagnostiquer par Astra un goulot d’allocation mémoire qui ralentissait des sessions Codex dans un environnement de test : changement d’allocateur, latence par tour divisée par 25, pic de mémoire en hausse d’environ 30 %.
Ces démonstrations viennent d’équipes qui avaient le modèle plusieurs semaines avant sa sortie, dans leur propre parc applicatif, avec les habilitations qui vont avec. Elles montrent le plafond de la capacité, pas son rendement dans un système d’information qu’on n’a pas bâti soi-même.
Une baisse de 89 % mesurée par celui qui la publie
Le point sensible, OpenAI le traite de front. Son test interne de sûreté pousse le modèle dans les scénarios d’entreprise les plus ingrats : exposer une information confidentielle, partager un tableau de bord trop largement, supprimer des données. Astra y produirait 89 % d’actions non voulues en moins que GPT-5.6 Sol, et 74,7 % de moins que Claude Fable 5.1.
Ces pourcentages sont relatifs et la base de départ n’est pas publiée. Une réduction de 89 % sur un socle inconnu peut encore laisser plusieurs incidents par millier de sessions. Le test, lui, n’existe que chez son auteur : aucune équipe extérieure ne peut rejouer la comparaison avec Anthropic. Une réponse fausse se rattrape en relançant la requête ; un dossier effacé par un agent, non.
La parade annoncée se situe donc autour du modèle plutôt que dedans : demande de confirmation avant les actions lourdes de conséquences, revue automatisée, restriction des sites et des logiciels accessibles, contrôle des fichiers envoyés et téléchargés, gestion de l’historique de navigation.
Moins de tokens facturés, plus de gouvernance à payer
Le tarif démarre à 10 dollars le million de tokens (les unités de texte sur lesquelles la facturation est assise) en entrée et 50 dollars en sortie. L’éditeur affirme avoir entraîné le modèle à en consommer moins et à s’y reprendre moins souvent, et se dit le mieux placé sur le rapport coût-performance mesuré par Terminal Bench 4.0 et l’Artificial Analysis Intelligence Index. Aucun coût par tâche achevée n’est communiqué.
Pour un acheteur, la ligne budgétaire nouvelle se trouve ailleurs. Définir la liste des accès autorisés, la maintenir quand le parc bouge, relire les journaux d’actions, arbitrer les demandes d’élargissement : ce travail ressemble à une revue d’habilitations, pas à un abonnement logiciel. Il se compte en jours-homme, et la prochaine version du modèle ne le fera pas baisser.
La liste des accès devient une pièce du contrat
Le déploiement a commencé en septembre 2026. Si le pilotage d’écran s’installe au rythme où OpenAI le pousse, les appels d’offres de la mi-2027 comporteront une annexe d’accès : quels domaines, quelles applications de bureau, quels droits d’écriture, qui valide. La décision d’achat glissera vers l’équipe qui tient les identités et les habilitations, loin des comparatifs de scores.
- les journaux d’actions de l’agent doivent sortir de la console de l’éditeur, dans un format exportable, sinon l’audit interne reste tributaire du fournisseur ;
- l’agent a besoin de son propre compte plutôt que de la session de l’employé qui l’a lancé : tant qu’il emprunte une identité humaine, les traces attribuent ses clics à une personne ;
- les politiques de confirmation doivent être assez fines pour survivre à des équipes lassées de valider chaque action au bout de deux semaines.
Une direction informatique qui publiera son propre taux d’incidents par millier de sessions d’agent, mesuré chez elle et non recopié d’une page produit, en dira plus long que n’importe quel classement. Tant que ce chiffre appartient à l’éditeur, cocher des cases dans le panneau d’administration revient surtout à choisir qui portera la faute.
Mon avis
Les contrôles d’accès annoncés protègent d’abord OpenAI : en cochant les sites et les applications autorisés, l’entreprise cliente endosse ce que l’agent fera derrière. Ce transfert passera inaperçu tant que rien ne casse, et il sera relu mot à mot au premier effacement de données en production. D’ici l’été 2027, j’attends moins un GPT-7 qu’un poste nouveau dans les directions informatiques : celui qui tient les droits des agents et répond quand on demande qui a autorisé tel clic.
