Google enterre ses Gems et adopte le format d’Anthropic

Google enterre ses Gems et adopte le format d'Anthropic

Google range ses Gems au placard. À leur place, Gemini déploie depuis le 30 septembre, partout dans le monde, les Skills : un format d’instructions réutilisables qui n’a pas été inventé à Mountain View, mais chez Anthropic, avant d’être publié comme standard ouvert.

Un géant qui abandonne son propre format pour celui d’un concurrent, on en voit rarement. Les raisons du renoncement apparaissent dès qu’on compare ce que chaque objet demandait à l’utilisateur.

Le Gem promettait un assistant, la Skill promet une compétence

Le Gem était la réponse de Google aux Custom GPTs d’OpenAI : un assistant personnalisé, avec son nom, ses consignes et son périmètre. On l’ouvrait comme on ouvre une application. Le modèle mental était celui d’un collègue spécialisé, qu’on va chercher dans une liste et à qui l’on confie toute la conversation.

La Skill renverse la logique. Le compte officiel de l’application Gemini la décrit comme un ensemble d’instructions sauvegardées pour une tâche répétée, « un raccourci ». On l’appelle en tapant « / » suivi de son nom, au fil d’une conversation ordinaire. Elle ne remplace pas l’assistant : elle s’y greffe.

Le Gem cloisonnait. La Skill s’assemble.

Google insiste sur ce point : plusieurs Skills peuvent s’enchaîner pour une tâche plus large, par exemple un style d’écriture combiné à une charte de marque. Avec les Gems, il fallait un assistant par combinaison, ou un prompt système (les consignes permanentes données au modèle) à rallonge qui mélangeait tout. Avec les Skills, chaque brique reste petite, lisible, et se recombine selon le besoin.

Gemini décide seul quand s’en servir

Gemini peut exécuter une Skill de lui-même lorsqu’il détecte une requête qui correspond. Il peut aussi en générer une à partir de vos conversations passées. Le Gem, lui, restait inerte tant qu’on ne l’avait pas sélectionné dans la liste.

Ce glissement fait entrer ces fichiers dans le monde des agents IA. Au milieu d’une tâche, un agent doit savoir quel savoir-faire mobiliser, sans qu’on le lui désigne. Un catalogue de compétences décrites de façon homogène, que le modèle consulte et active seul, lui en donne le moyen. Le Gem, pensé pour un humain qui clique, n’y était pas adapté.

Le revers est connu des praticiens : un déclenchement automatique peut se tromper de cible. Une Skill mal décrite s’activera là où on ne l’attend pas, ou restera muette quand on la voudrait. Sa description compte donc autant que ses consignes.

Un format fermé contre un standard partagé

Le Gem appartenait à Google, et ne vivait que dans Gemini. La Skill suit un format né chez Anthropic, celui que Claude utilise, et que Google reprend tel quel en tant que standard ouvert. Il arrive après d’autres : OpenAI, Microsoft, GitHub et Cursor avaient déjà adopté cette spécification, publiée par Anthropic en décembre 2025.

Google aurait pu copier l’idée des modules d’instructions et l’habiller à sa façon. Il a préféré reprendre le format lui-même, et l’utilisateur y gagne : une compétence écrite une fois a désormais une chance de servir ailleurs que là où elle est née.

La portabilité réelle appelle toutefois de la prudence. Un standard commun ne garantit pas un comportement identique : chaque modèle interprète les consignes à sa manière, et les ressources jointes (documents, connecteurs) restent attachées à l’écosystème de chaque éditeur. Le format voyage, l’intégration beaucoup moins.

Textes, PDF et images au lancement, Drive plus tard

Au lancement, les Skills de Gemini acceptent des documents texte, des PDF et des images comme matériel de référence. Google annonce pour les semaines à venir le partage, l’accès aux fichiers Google Drive et une intégration avec Gemini Notebook, puis l’ouverture aux clients Workspace entreprise, éducation et associatifs.

Le calendrier d’extinction des Gems est fixé :

  • novembre 2026 pour les comptes personnels ;
  • mars 2027 pour les clients Workspace entreprise et associatifs ;
  • juin 2027 pour l’éducation.

Les Gems existants seront convertis automatiquement en Skills. Opal, l’expérience de mini-applications IA lancée par Google à l’été 2025, s’arrête elle aussi en novembre. Le ménage est assumé : Google resserre son offre autour d’une seule brique.

Vos Gems migrent, vos habitudes doivent suivre

La conversion automatique rassurera ceux qui ont investi du temps dans leurs Gems. Elle ne dispense pas d’un travail de reprise. Un Gem était souvent un fourre-tout : persona, ton, règles métier et documents de référence dans un même bloc. Transposé tel quel, il donnera une Skill obèse, difficile à combiner avec d’autres.

Mieux vaut découper. Une Skill pour le style, une pour la charte, une pour le format de livrable : c’est la granularité que le mécanisme d’enchaînement récompense. Soignez aussi la description de chacune, puisque c’est elle qui guide le déclenchement automatique.

Pour les équipes qui travaillent déjà avec Claude, l’annonce simplifie la vie : un même format couvre désormais deux assistants majeurs. Pour celles qui avaient tout misé sur un seul écosystème, elle rappelle que les briques de base de l’IA générative changent de mains plus vite que les contrats.

Google ne dit rien, en revanche, de la gouvernance de ce standard qu’il adopte sans en être l’auteur. Si le format des Skills s’impose comme l’interface commune des agents, celui qui en rédigera la prochaine version tiendra une clé que Google vient de laisser à Anthropic.

Sources

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