ChatGPT mémorise désormais votre activité sur tout le Mac

ChatGPT mémorise désormais votre activité sur tout le Mac

L’essentiel

  • OpenAI a ouvert le 13 août Computer History dans l’application de bureau ChatGPT sur macOS : l’assistant peut se souvenir de votre activité dans vos autres applications et sur les sites que vous consultez.
  • La fonction est désactivée par défaut, réservée aux offres Pro, Business et Enterprise, et alimente aussi Codex, qui reprend le travail là où vous l’avez laissé.
  • Elle n’enregistre ni capture d’écran ni audio, mais des événements d’interaction. Les événements bruts tiennent 48 heures sur la machine ; les mémoires fabriquées à partir d’eux restent jusqu’à ce que vous les supprimiez.

Depuis le 13 août, l’application de bureau ChatGPT peut retenir ce que vous faites en dehors d’elle, sur un Mac : vos autres logiciels, votre navigateur, les sites que vous consultez. OpenAI en vante le confort, moins de répétitions et un assistant qui sait où vous en étiez. Le déplacement est ailleurs. La mémoire de l’assistant se remplit désormais toute seule, à même votre journée de travail.

La mémoire quitte la fenêtre de conversation

Jusqu’ici, la mémoire de ChatGPT se nourrissait de ce que vous lui donniez : vos messages, les fichiers déposés, les instructions personnalisées. Un geste en délimitait le périmètre, à chaque fois.

Computer History renverse ce sens de circulation. La documentation d’OpenAI décrit une mémoire alimentée par l’activité de la machine : clics, saisie, raccourcis clavier, passages d’une application à l’autre, contexte exposé par les fonctions d’accessibilité de macOS. Ni capture d’écran, ni enregistrement vidéo, ni micro, ni audio système. Vous ne composez plus le contexte, vous le produisez sans y penser.

Un accord donné une fois, un périmètre décidé après

OpenAI a laissé la fonction éteinte par défaut, sur les seules offres Pro, Business et Enterprise : il faut aller la chercher. Deux réglages permettent ensuite de filtrer, soit en excluant des applications et des sites, soit en n’autorisant qu’une liste. Le garde-fou est réel.

Il reste étroit sur un point. Vous cochez une case, pour vous, une fois. Ce que cet accord couvre se décide après, heure par heure, par tout ce qui passe devant vos yeux : la messagerie ouverte à côté, le document d’un client, le ticket d’un collègue, la visioconférence de l’après-midi. Vous consentez pour vous, la matière vient aussi des autres.

Codex hérite d’un contexte que personne n’a validé

Sur son compte destiné aux développeurs, OpenAI annonce que ChatGPT et Codex, son agent de programmation, comprennent maintenant le contexte du travail récent : reprendre là où l’on s’était arrêté, repérer les habitudes de travail. Un développeur voit tout de suite l’intérêt. Plus besoin de réexpliquer l’architecture, la branche en cours ou le bug de la veille à chaque nouvelle session.

Or le poste d’un développeur n’a rien d’un espace personnel. C’est un dépôt privé, des fichiers de configuration, des consoles cloud, parfois un secret affiché en clair le temps d’un copier-coller. Activer la fonction sur cette machine tient moins de la préférence d’usage que de la décision de sécurité, prise au nom d’un employeur qui n’a pas été consulté.

48 heures pour les événements, sans limite pour les mémoires

La mécanique de conservation, elle, est écrite noir sur blanc, et elle mérite deux lectures. Les événements bruts restent au maximum 48 heures sur l’appareil. Les fichiers de mémoire tirés de ces événements sont écrits sur le disque et y demeurent jusqu’à une suppression manuelle. La matière première s’efface donc vite ; le portrait qu’on en extrait, lui, s’accumule.

Le trajet compte autant que la durée. Les fichiers d’événements transitent par les serveurs d’OpenAI, qui en fabriquent les mémoires avant de les redéposer sur la machine. Le stockage final est chez vous, la fabrication non. C’est cette étape qui décide, pour un responsable sécurité, si la fonction est activable dans l’entreprise.

Le contraste avec Microsoft est instructif : Recall, sur les PC Copilot+, enregistre de véritables captures d’écran, mais les chiffre et les analyse sur l’appareil, sans aucune connexion réseau. OpenAI capte moins de choses et les fait sortir de la machine ; Microsoft en capte davantage et ne les fait pas sortir.

Un confort immédiat, une journée entière sous les yeux

Le bénéfice se sent tout de suite : moins de mise en contexte à chaque échange, des réponses mieux ajustées, une continuité agréable d’une session à l’autre. La contrepartie ne se sent pas du tout, et c’est bien le problème : une visibilité continue sur l’ensemble de votre journée numérique, accordée à un fournisseur.

Pour l’industrie, ce déplacement pèse plus lourd que la fonction elle-même. La concurrence entre assistants se jouait sur la qualité des modèles ; elle se joue désormais sur la profondeur du contexte accessible. Ce terrain-là dépend de l’accès au poste de travail. Google, Microsoft et Apple tiennent déjà le système d’exploitation. OpenAI, lui, doit vous le demander.

Deux machines, deux décisions

Une règle simple tient lieu de politique : séparez les postes. Sur une machine personnelle, l’arbitrage vous appartient entièrement, et il peut très bien pencher du côté du confort. Sur une machine professionnelle, la question se pose au niveau de l’organisation, pas de l’utilisateur, et elle mérite une réponse écrite avant la première activation.

Si vous activez la fonction, servez-vous de sa granularité : coupez-la d’un geste, excluez les applications qui traitent les données d’autrui, allez lire ce qui a été retenu et supprimez-le. La personnalisation promise se paie moins en attention qu’en périmètre, et ce périmètre se referme à la main.

Mon avis

Cette fonction finira activée chez la plupart des utilisateurs, non par un réglage d’OpenAI mais par la pression du confort : après trois jours à réexpliquer son contexte pendant que le voisin de bureau ne le fait plus, on coche. Je l’activerai sur ma machine personnelle et sur aucun poste où transitent les données d’un client, liste d’exclusions ou pas : une liste, ça s’oublie, et le jour où on l’oublie, ce sont les documents des autres qui partent en résumé. Le point qui me gêne tient dans cet écart : une case cochée par une seule personne engage tous ceux dont les fichiers traversent son écran. Aucun assistant ne réglera ce problème à notre place, et l’entreprise qui attendra un incident pour écrire sa règle l’écrira trop tard.

Sources

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