SpaceX paie 60 milliards : l’aveu de xAI sur le code

SpaceX paie 60 milliards : l'aveu de xAI sur le code

L’essentiel

  • SpaceX rachète Anysphere, l’éditeur de Cursor, pour 60 milliards de dollars entièrement en actions, opération déposée à la SEC le 16 juin 2026.
  • L’opération suit de quatre jours l’entrée en bourse de SpaceX, qui valorise le groupe à plus de 2 600 milliards de dollars.
  • La part de marché de Cursor a chuté de 41 % à environ 26 % en un an, pendant que Claude Code d’Anthropic prenait la tête chez les développeurs seniors.

Quatre jours. C’est le délai qu’a laissé Elon Musk entre l’entrée en bourse de SpaceX et l’annonce du rachat d’Anysphere, la société derrière Cursor, pour 60 milliards de dollars. La vitesse n’est pas un détail : elle dit tout du calcul derrière l’opération.

Officiellement, c’est une diversification triomphante : le lanceur spatial qui devient conglomérat de l’IA. Lue comme un coup sur l’échiquier, l’opération raconte l’inverse. Elle signe le moment où xAI cesse de croire qu’il rattrapera Anthropic et OpenAI sur le code en construisant ses propres outils, et choisit de les acheter.

Un rachat payé avec une monnaie toute fraîche

Le calendrier n’a rien d’un hasard. SpaceX disposait de trente jours après ses débuts au Nasdaq pour lever l’option de rachat qu’il détenait sur Cursor depuis avril. Le groupe a tranché en quelques jours, dès que son action a commencé à grimper.

La mécanique est limpide. La transaction est entièrement réglée en titres SPCX, et ne représente, selon le dépôt transmis à la SEC (le régulateur boursier américain), que 3,4 % de dilution rapportée à la valorisation d’introduction. Autrement dit : l’entrée en bourse a fabriqué la monnaie d’échange, et le rachat l’a dépensée avant même que le marché ait fini de la digérer. Le cours a encore gagné autour de 16 % dans la foulée, propulsant la capitalisation vers 2 600 milliards de dollars, au coude-à-coude avec Amazon.

On tient là le premier mouvement : transformer une survalorisation boursière en actif technologique réel, tant que la fenêtre est ouverte.

Pourquoi maintenant, et contre qui

Depuis la fusion de xAI avec SpaceX en février 2026, l’IA est devenue un pilier du groupe. Mais la division avance amputée. Les onze cofondateurs de xAI ont quitté le navire fin mars, et Musk a dû ponctionner des ingénieurs chez Starlink et Tesla pour boucher les trous. Dans la guerre des talents, il jouait en défense.

Cursor change l’équation sur trois tableaux à la fois : plus d’un million d’utilisateurs payants, un chiffre d’affaires annualisé qui a franchi les 3 milliards de dollars fin avril, et une présence dans 67 % du Fortune 500. Anysphere possède même une société de recrutement qui aide les grands laboratoires d’IA à embaucher. Musk n’achète pas seulement un produit, il achète une porte d’entrée vers le vivier qu’il n’arrivait plus à attirer.

L’adversaire désigné est clair, et il est nommé sans détour dans les communications autour de l’opération : Anthropic et OpenAI. Les deux laboratoires qui ont fait du développement assisté l’un des rares territoires de l’IA générative déjà rentables. xAI n’avait pas de pièce maîtresse sur cette case. Il vient de l’acheter.

L’aveu que personne ne formule à voix haute

Le point que l’annonce officielle contourne soigneusement : Cursor se vend en position de faiblesse. Selon les données de Ramp relayées par CNBC, sa part de marché est tombée de 41 % en juin 2025 à environ 26 % en mai 2026. L’enquête JetBrains d’avril 2026 enfonce le clou : Claude Code d’Anthropic est devenu l’outil préféré de 46 % des développeurs seniors, contre 19 % pour Cursor.

Le problème de fond est structurel. Cursor s’est construit sur les modèles d’OpenAI et d’Anthropic, c’est-à-dire sur ceux-là mêmes qui sont devenus ses concurrents directs avec Claude Code et Codex. Bâtir son produit sur l’infrastructure de son rival, c’est tenable tant qu’on grandit vite. Ça devient un piège dès que la croissance ralentit.

D’où la logique de l’échange : Cursor accède au superordinateur Colossus de xAI, à Memphis, pour entraîner ses propres modèles et couper le cordon ; xAI récupère traction, distribution et talents. SpaceX a d’ailleurs confirmé sur X entraîner un nouveau modèle avec les équipes de Cursor, déjà installées dans ses bureaux. De la puissance de calcul contre du talent, du talent contre de la puissance de calcul.

Un pari à 60 milliards que le marché valide à crédit

Reste l’addition. Les paris IA de Musk coûtent cher : SpaceX a affiché une perte nette de 4,94 milliards de dollars en 2025 après avoir absorbé la dette de xAI, et ses dépenses d’investissement ont doublé pour atteindre 20,7 milliards. Morningstar estime par ailleurs la juste valeur de l’action à 62 dollars, soit très en dessous du cours actuel.

Le marché, lui, vote pour Musk sans regarder le ticket. C’est tout le pari : miser que la marque, la puissance de calcul et la promesse d’intégration suffiront à inverser une courbe de parts de marché qui pointe vers le bas depuis un an. L’option a été levée. Le coût d’acquisition est verrouillé. L’efficacité, elle, ne se mesurera pas avant la clôture, attendue au troisième trimestre 2026.

Mon avis

Je ne crois pas une seconde que Colossus suffise à enrayer la chute de Cursor. Ce qui fait basculer un développeur senior vers Claude Code, ce n’est pas la puissance de calcul derrière l’outil, c’est la qualité du modèle qui raisonne sur le code, et là, xAI part avec un train de retard que la fonte de silicium ne rattrape pas mécaniquement. Mon pronostic : d’ici un an, ce rachat sera lu non comme la prise de pouvoir de Musk sur le développement assisté, mais comme l’aveu qu’il avait déjà perdu la première manche et qu’il l’a payée 60 milliards pour rester dans la partie.

Sources

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